Les marchés espéraient un assouplissement monétaire aux Etats-Unis, mais c'est à l'autre bout du monde qu'il s'est produit. La banque centrale du Japon a annoncé mercredi, à la surprise générale, qu'elle baissait son principal taux directeur de 0,25 à 0,15% six mois après l'abandon de la politique du taux zéro. Cette volte-face est d'autant plus étonnante que le resserrement monétaire d'août dernier avait provoqué un véritable tollé dans l'Archipel. Le gouverneur de la Banque du Japon, Masaru Hayami, avait dû passer outre de très vives résistances du gouvernement et du monde économique pour imposer cette mesure dont il était le plus ardent défenseur. On avait même évoqué la possibilité d'un départ contraint du banquier central. Ce qui n'a pour finir pas été le cas, la reprise économique semblant malgré tout à l'époque en bonne voie. Même si, précise Stéphane Lyon, analyste à la Deutsche Bank (Suisse), les prémices d'un nouveau ralentissement étaient déjà perceptibles.

Depuis, le Japon ne cesse de s'enfoncer. Le PIB a glissé dans le rouge au troisième trimestre de l'an passé et les mauvaises nouvelles ne cessent de se succéder. Parmi les plus récentes, la production industrielle a chuté de 3,9% en janvier par rapport à décembre et les mises en chantier ont reculé de 11%. Sur les marchés, c'est Waterloo. Le Nikkei est tombé en cours de séance mercredi à son plus bas niveau depuis 15 ans et le yen ne cesse de se déprécier contre le dollar et l'euro.

Récession

Dans un communiqué, la Banque du Japon indique sobrement que «le rythme de la reprise économique en cours a encore ralenti, dans un contexte de décélération de la croissance dans le reste du monde». Par cette déclaration, Masaru Hayami ne reconnaît pas – au contraire d'Alan Greenspan qui a rapidement baissé les taux aux Etats-Unis – son erreur, estime Stéphane Lyon. Car selon lui, le Japon connaît bel et bien une récession et non un simple ralentissement.

Selon les observateurs, les jours de Masaru Hayami pourraient être comptés. Car non seulement la volte-face de mercredi est une véritable gifle à son encontre – la veille de la décision, il se prononçait encore en défaveur d'un assouplissement monétaire –, mais de surcroît elle ne suffira très certainement pas à redresser la situation économique. Du coup, le gouverneur de la banque centrale a affaibli encore davantage sa position en n'excluant pas de revenir à un taux zéro. Avant de décider de mesures encore plus drastiques?