Automobile

La surtaxe Trump inquiète les équipementiers suisses

Tornos, Georg Fischer, Feintool ou encore Polydec figurent parmi les 300 entreprises suisses qui fournissent des pièces à l’industrie automobile, notamment allemande. Un pays qui est dans le viseur de l’administration Trump

A Bienne, Polydec SA produit chaque année 250 millions de micro-axes utilisés dans l’instrumentation automobile. Premier fournisseur européen et l’un des leaders mondiaux de son marché, cette PME équipe une voiture sur deux. Toujours dans l’Arc jurassien, une autre entreprise, Tornos, construit des machines qui fabriquent diverses pièces pour l’industrie automobile.

Et les exemples pourraient se multiplier. Dans l’ensemble du pays, elles sont quelque 300 PME liées à ce secteur. A présent, elles sont toutes préoccupées par la menace d’une surtaxe américaine sur les voitures importées. Pour cause, leurs premiers clients, les constructeurs allemands, sont dans la ligne de mire de l’administration Trump.

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Selon Anja Schulze, en charge du Swiss Center for Automotive Research à l’Université de Zurich, l’ensemble du secteur compte 24 000 collaborateurs et exporte pour 9 milliards de francs par an. A titre de comparaison, l’industrie horlogère a vendu pour 19,9 milliards de montres à l’étranger l’an dernier. Une nouvelle étude est en cours pour mieux jauger sa place dans l’économie suisse. «A ce stade, il est difficile d’évaluer l’impact d’une surtaxe américaine à cause d’un grand nombre de variables, souligne-t-elle. Par exemple, nous ne savons pas si cette taxe sera reportée sur les clients ou sur les fournisseurs.»

Le plus grand marché, c’est l’Asie

Georg Fischer, l’un des grands équipementiers suisses, évoque la même difficulté. Mais dans une déclaration au Temps, il fait savoir que de nombreuses entreprises européennes disposent des unités de production aux Etats-Unis et seront ainsi moins touchées. L’entreprise schaffhousoise y opère une fonderie et fournit des composants en métaux légers à ses clients américains.

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«Le marché allemand représente 35% de nos commandes, déclare Bruno Edelmann, le responsable financier de Tornos. Nous fournissons des machines-outils et sommes attentifs aux éventuelles mesures américaines.» L’entreprise jurassienne, leader mondial dans son domaine, se veut rassurante: «L’Allemagne ne livre pas des voitures qu’aux Etats-Unis. Son plus grand marché, c’est l’Asie.»

Une aubaine pour Autoneum

A Winterthour, Autoneum, qui fabrique divers produits électriques pour l’industrie automobile, se montre sereine. «Nous produisons le plus souvent pour le marché local, soutient Anahid Rickmann, cheffe de la communication. La part de nos exportations en Europe est faible.» Mais au cas où les Etats-Unis introduisent des tarifs sur les voitures européennes, Autoneum prévoit une hausse des ventes de voitures fabriquées aux Etats-Unis. «Avec nos huit usines sur place, nous allons sans doute profiter de la nouvelle situation», espère-t-elle.

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Swissmem, organisation faîtière de l’industrie suisse de machines-outils, a pris la mesure du risque. «Si les Etats-Unis vont de l’avant avec une surtaxe, ils toucheront indirectement aussi les sous-traitants suisses, déclare Ivo Zimmermann, son directeur de l’information. Il est toutefois difficile de préciser l’ampleur des conséquences pour nos membres.» Et d’ajouter: «Nous sommes bien sûr préoccupés et nous avons établi des liens avec le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) sur ce sujet.»

Le Seco se mobilise

C’est d’ailleurs le Seco qui a tiré la sonnette d’alarme. En mission la semaine passée à Bruxelles, sa directrice Marie-Gabrielle Ineichen a fait comprendre que l’impact de la surtaxe de 25% sur l’acier et de 10% sur l’aluminium introduit le mois dernier par l’administration Trump serait minime pour les exportateurs suisses. En revanche, selon elle, une taxe sur l’automobile devait faire mal aux sous-traitants automobiles. Interrogé par Le Temps, le Seco tempère toutefois ces propos: «L’enquête sur les voitures aux Etats-Unis qui a été ouverte le 23 mai n’est qu’à ses débuts. Nous suivons de près son évolution.»

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