«Depuis qu’elle délègue une partie de la surveillance en matière d’anti-blanchiment d’argent, la Finma nous a fait comprendre qu’il était préférable de nous affilier à ces associations.» Ce gérant de fortune, invité jeudi soir par Polyreg à Neuchâtel, est l’un des 200 membres romands que compte cet organisme d’autorégulation (OAR).

Deux cent, c’est environ 20% du total de ses affiliés en Suisse. Pour l’OAR basée à Zurich et présente à Lugano, il devenait légitime d’ouvrir en Suisse romande. Pour se rapprocher de ses membres régionaux. «Et eux souhaitaient des interlocuteurs de langue française», complète le directeur Matthias Schaad, en marge de l’inauguration de l’antenne neuchâteloise, qui couvrira aussi Bâle, Berne et Soleure. La situation centrale de Neuchâtel, c’est l’une des raisons pour lesquelles Polyreg n’a pas choisi Genève pour s’installer. Mais le premier motif est stratégique. A Genève, la concurrence est plus vive, avec notamment l’ARIF ou l’OAR-G, selon Matthias Schaad.

En fait, Polyreg est à Neuchâtel depuis janvier 2011. «On s’est installé, puis la masse de travail a pris le dessus», explique la responsable locale, Sopna Kalapurakal, pour justifier le délai entre installation et inauguration. C’est que les OAR sont de plus en plus demandés. Non seulement, «le nombre des gérants de fortune est en augmentation, alors que l’on ne cesse d’annoncer leur lente agonie», s’est réjoui jeudi Stefan Stadler, spécialiste en criminalité financière de la Finma.

Deux défis cruciaux

En plus, la dernière révision des recommandations du GAFI comporte deux défis cruciaux pour les intermédiaires financiers suisses: la palette des délits considérés comme «préalables au blanchiment d’argent» va s’élargir aux infractions fiscales pénales, a décidé le Groupe d’action financière en février dernier. L’éventuelle transposition dans la loi suisse est à l’étude et un avant-projet est attendu début 2013.

Autre chambardement, le Bureau de communication en matière de blanchiment, chargé de recueillir les soupçons des gérants, devrait pouvoir transmettre des données financières à ses homologues étrangers. L’avant-projet, mis en consultation par le Conseil fédéral, a suscité l’ire des OAR, qui s’inquiètent de voir circuler «des informations fiscales hors de tout contrôle».