Sécurité

Surveiller son domicile à distance, un jeu d’enfant avec les nouvelles caméras

Nest, filiale de Google, lance ses caméras de surveillance en Suisse et vient concurrencer Logitech. Ces appareils détectent les visages, alertent en cas d’intrusion et offrent de la vidéo haute définition en temps réel… A-t-on inventé l’arme absolue contre les cambriolages?

C’est une scène qui semble sortie d’un film de science-fiction. La caméra de sécurité détecte une présence humaine dans son champ de vision. Elle zoome sur la personne, puis suit ses mouvements dans l’appartement, tout en analysant les traits de son visage. C’est un inconnu, conclut-elle au bout de deux secondes. La caméra envoie alors immédiatement une alerte sur le smartphone du propriétaire, avec une photo de l’intrus.

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Aujourd’hui, ce type de gadget électronique est à la portée de tous. Ce jeudi, Google, via sa filiale Nest, lance ses caméras de surveillance sur le marché suisse, dont le modèle Cam IQ (399 francs). La multinationale américaine vient ainsi concurrencer notamment Logitech, qui commercialise depuis quelques jours la version 2 de sa caméra Circle (entre 229 et 259 francs).

La bataille qui s’annonce ne concerne pas seulement les fabricants de caméras, qui se comptent par dizaines. Elle touche aussi de près les sociétés d’intervention, qui doivent faire face à un nouveau type de concurrence.

Echec en 2010

Logitech, basé à Lausanne, s’était déjà aventuré en 2010 sur ce terrain, en proposant plusieurs caméras sous la marque Alert. «Mais il y a sept ans, le marché n’était pas prêt pour ce type de système. Nous avons ensuite cessé de les vendre, car cela ne faisait plus partie de notre stratégie. Désormais, nos produits sont aboutis et nous percevons une forte demande», affirme Gérard Isabel, responsable domotique chez Logitech.

Hasard total du calendrier, ce mardi, un Américain originaire de l’Illinois a lancé une class action (plainte collective) contre Logitech, l’accusant d’avoir vendu, il y a plusieurs années, des caméras Alert qui ne tenaient de loin pas leurs promesses…

Aujourd’hui, il y a très peu de chances que Logitech se fasse attaquer sur ses nouvelles caméras. Le modèle Circle 2, lancé cet été un an après la première version, est, d’après nos tests, une réussite: installation ultra-simple, excellente vision nocturne, zoom efficace, détection précise de personnes…

«Des experts d’un magazine allemand ont tenté, sans succès, de pirater une de nos caméras. Nos solutions sont sûres et nos employés n’ont jamais accès à ces données»

Gérard Isabel, responsable domotique chez Logitech

La caméra se pilote entièrement par smartphone, sur lequel s’affichent les images en temps réel, où que l’on se trouve. Mais pour la première fois, Logitech va devoir affronter dès ce jeudi, sur le marché suisse, les produits de Nest, société rachetée par Google pour 3,2 milliards de dollars en 2014. «Nos produits sont présents dans des millions de maisons sur la planète et nos caméras enregistrent, chaque jour, plus de 2000 ans de vidéos, affirme Lionel Guicherd-Callin, responsable de Nest pour l’Europe. Nous sommes les seuls à proposer des caméras avec une telle qualité d’image et une reconnaissance des visages familiers.»

Technologie de Google

Testée par nos soins, la caméra Cam IQ de Nest détecte en effet les visages connus du foyer et lance des alertes lorsqu’elle détecte des intrus. Et Google y est pour quelque chose. «Nous utilisons leur technologie de reconnaissance de visages, développée à la base pour Google Photo, poursuit Lionel Guicherd-Callin. Cela nous donne un avantage important sur nos concurrents. Mais attention, nous ne partageons aucune donnée privée de nos clients avec Google.»

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Ce point est extrêmement sensible. Tant les caméras de Logitech que celles de Google peuvent fonctionner 24h/24. Et elles permettent de visionner, jusqu’à un mois en arrière, tout ce qui s’est passé chez le client, car tout est enregistré dans les centres de données de ces multinationales.

«Ces vidéos sont doublement chiffrées sur nos serveurs. Des experts d’un magazine allemand spécialisé ont tenté, sans succès, de pirater une de nos caméras. Nos solutions sont sûres et nos employés n’ont jamais accès à ces données», affirme Gérard Isabel. «Nous n’allons jamais utiliser ces vidéos pour par exemple les revendre à des tiers, les consommateurs peuvent nous faire confiance», renchérit Lionel Guicherd-Callin.

«Un sentiment de sécurité»

A la tête de la société eSmart, spécialisée dans la domotique et basée sur le site de l’EPFL, Fabrizio Lo Conte suit ce marché de près. Son entreprise fournit des solutions de domotique à des régies et à des propriétaires. «Nous sentons une demande de plus en plus forte pour ces systèmes de vidéosurveillance contrôlés depuis un smartphone. La technologie est vraiment aboutie. Mais les locataires ou propriétaires doivent savoir que ces caméras et ces alertes n’ont qu’une utilité limitée en cas de cambriolage… Cela leur procure plutôt un sentiment de sécurité: ils peuvent voir ce qui se passe chez eux, vérifier si leurs enfants font leurs devoirs et savoir que c’est bien le facteur qui sonne à la porte.»

«Les caméras disposent d’un haut-parleur, vous pouvez dire au cambrioleur que vous l’enregistrez, ce qui va le stresser»

Lionel Guicherd-Callin, responsable Europe de Nest

Pour le spécialiste, quasiment aucune régie n’installe d’office de caméras dans les appartements. «Les habitants refusent qu’un tiers pose ces appareils chez eux. Ils prennent cela comme une intrusion et préfèrent le faire eux-mêmes.»

Truffées d’électronique, ces caméras obligent leur propriétaire, en cas d’effraction, d’inondation ou de départ d’incendie à se rendre au plus vite sur place. De quoi limiter leur utilité? «Pas forcément, car vous pouvez appeler la police ou un voisin si vous constatez un souci. Des clients utilisent aussi nos caméras pour simplement être rassurés que leurs enfants sont rentrés de l’école», répond Gérard Isabel.

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«Bien sûr, on ne remplace pas la police, affirme de son côté le responsable de Nest. Mais les caméras disposent d’un haut-parleur, vous pouvez dire au cambrioleur que vous l’enregistrez, ce qui va le stresser. Et ensuite, vous pourrez fournir ces enregistrements à la police.» Nest met aussi en avant l’interaction entre ses appareils: si le détecteur de fumée décèle un départ de feu, il peut ordonner à la caméra d’envoyer immédiatement une alerte au propriétaire.

Securitas Direct se dit serein

En face, Securitas Direct, numéro un du marché de la télésurveillance, se dit serein. La société installe depuis des années des caméras chez ses clients, mais celles-ci sont uniquement utilisées par le centre de traitement des alarmes Securitas Direct si le système est activé, et en cas d’effraction pour engager la police. «Nous n’allons pas proposer à nos clients de voir eux aussi ces images sur leur smartphone, explique le directeur, Christian Chenaux. Nous avons effectué des tests dans ce sens, mais cela crée de la confusion pour les clients, qui n’aiment pas se sentir observés par des membres de la famille. Nous sommes peut-être un peu conservateurs, mais nous voulons offrir avant tout de la tranquillité: s’il y a un problème, nous intervenons sur place. A quoi peut servir une alerte sur smartphone à un client suisse qui se trouve en vacances aux Maldives?»

Securitas Direct affirme n’avoir pas perdu des clients qui auraient préféré se tourner vers des caméras à installer et à gérer eux-mêmes. «Mais il est clair que ces caméras deviennent extrêmement perfectionnées et nous observons de très près toute évolution technologique», dit Christian Chenaux. 


Logitech Circle 2 contre Nest Cam IQ: le test

Les deux caméras offrent des images d’excellente qualité et des alertes efficaces sur smartphone. Mais tant Logitech que Google font pression sur les utilisateurs pour qu’ils souscrivent des abonnements supplémentaires.

Les deux caméras que proposent désormais Logitech et Nest (Google) tiennent leurs promesses. La Circle 2 de Logitech, résistante à la pluie, se décline en deux versions: une filaire (229 francs) et une fonctionnant sur batterie (259 francs). Nest propose désormais trois caméras en Suisse, dont la Cam IQ (399 francs), que nous avons testée.

L’installation de ces caméras ne dure pas plus de deux minutes. Il suffit de télécharger l’application correspondante sur son smartphone (iPhone ou Android), de les faire communiquer via Bluetooth, de créer un compte, et le paramétrage est terminé. Ces caméras utilisent votre wi-fi domestique pour communiquer avec le smartphone qui les pilote.

180 degrés de vision

Le champ de vision est bon: 130 degrés pour la caméra IQ et même 180 degrés pour la Circle 2. Il est possible de choisir plusieurs définitions et les vidéos s’affichent parfaitement sur l’écran de son smartphone, à condition de disposer d’une bonne connexion à Internet (4G ou wi-fi).

Les caméras vont effectuer un enregistrement chaque fois qu’un événement se produit, ce qui va déclencher une alerte par e-mail ou via un push (notification) sur son smartphone. La vision de nuit est très bonne, particulièrement celle fournie par le modèle de Logitech.

La caméra de Nest peut zoomer, suivre un individu sur quelques mètres et même faire la différence entre une personne inconnue et un membre du foyer qu’elle aura appris à identifier, jour après jour, avec l’aide de son propriétaire. Les deux caméras peuvent se désactiver selon qu’elles détectent si l’utilisateur est chez lui ou non. Les alertes sont en général fiables et les «faux positifs» sont rares.

L’application de Nest offre davantage de possibilités de paramétrage et permet de passer facilement d’un extrait vidéo à un autre. Celle de Logitech propose un «résumé du jour» en vidéo qui peut s’avérer utile.

Abonnements onéreux

Logitech et Google ne se contentent pas de vendre ces caméras relativement onéreuses, ils proposent des abonnements. Celui de Logitech permet d’augmenter la durée de conservation des vidéos de 24 heures à 14 jours ou 31 jours, d’activer la détection de personnes et de définir des zones de surveillance à l’écran (compter 4 ou 10 francs par mois). Les abonnements de Google leur ressemblent beaucoup, et cela a un prix: 10 ou 30 francs par mois, ce qui est à notre sens trop cher.

Avant de procéder à un achat, il faut se demander à quoi vont nous servir ces caméras, puisqu’elles ne sont pas liées à un service d’intervention en cas d’effraction (il est certes possible de parler via un petit haut-parleur inséré dans la caméra). Cela permet de savoir ce qui se passe chez soi, qui s’y trouve, mais sans possibilité d’agir rapidement.


Fiche technique

Logitech Circle 2

Prix: 229 francs (modèle filaire) et 259 francs (avec batterie)

Abonnements: de 3,95 à 9,95 francs par mois

Angle de vue: 180 degrés

Vidéo: Jusqu’à 1080p (1920 x 1080 pixels)

Poids: 207 grammes (filaire), 340 grammes (avec batterie)

Nest (Google) Cam IQ

Prix: 399 francs

Abonnements: de 10 à 30 francs par mois

Angle de vue: 130 degrés

Vidéo: Jusqu’à 1080p (1920 x 1080 pixels)

Poids: 357 grammes

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