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Pour survivre, Macao copie Las Vegas

La lutte anti-corruption menée par Pékin plombe les affaires des casinos. L’ancienne colonie portugaise, rendue à la Chine en 1999, tente de se diversifier. Elle veut moins dépendre des gros joueurs

Pour survivre, Macao copie Las Vegas

Jeux de hasard La lutte anti-corruption menée par Pékin plombe les affaires des casinos

L’ancienne colonie portugaise tentede se diversifier

Sitôt débarqués du terminal des ferries en provenance de Hong­kong, les touristes sont abordés par d’élégantes hôtesses en tailleur et collants, malgré la chaleur étouffante de l’été. Elles leur vantent un des palaces de Macao. Fait nouveau, une suite peut désormais s’obtenir gratuitement, à condition de dépenser quelques milliers de francs au casino, une bagatelle pour les passionnés du jeu. Ces largesses, inconcevables il y a seulement une année encore selon les experts, témoignent de la crise que traverse l’ancienne colonie portugaise, rendue à la Chine en 1999.

La semaine dernière, le Bureau d’inspection et de coordination du jeu de Macao a annoncé que les recettes des casinos en août s’étaient élevées à 18,6 milliards de patacas (2,2 milliards de francs), soit 35,5% de moins qu’une année plus tôt. Depuis janvier, le chiffre d’affaires est en recul de 36,5%, le mois de février ayant été marqué par un effondrement de près de 50%. Désertée par les gros parieurs, Macao voit les salles pour VIP, sa première clientèle, fermer les unes après les autres. Le gouvernement vient de son côté d’annoncer un programme de réduction de ses dépenses, alors que le produit intérieur brut s’écroule cette année de 25%.

Fin 2013, «la Monaco de l’Asie» enregistrait son record: 45 milliards de dollars de recettes, 12 fois celles de 2003, année de la libéralisation de l’industrie du jeu, sept fois celles de Las Vegas. L’effondrement cette année, après une quasi-stagnation en 2014, ne vient pas du ralentissement de la conjoncture de la deuxième économie du monde, mais de la «campagne anti-corruption» menée par Pékin, explique Grant Govertsen, d’Union Gaming à Macao, une banque d’investissement spécialisée dans l’industrie du jeu.

«Début 2014, alors que cette campagne était en cours depuis un moment, les VIP ont tout d’un coup jugé que ce n’était plus une bonne idée de venir à Macao, analyse le banquier. Six mois plus tard, le reste des clients suivait le mouvement.»

Le jeu d’argent «se fait en liquide, et pendant un moment, personne ne demandait d’où venaient les fonds», explique Matthew Liu. Professeur associé de marketing à l’Université de Macao, il a cosigné ce printemps un article de recherche sur la crise actuelle, et les pistes pour en sortir. «Macao était utilisée comme une plateforme pour distribuer des pots-de-vin à ceux qui faisaient des affaires en Chine continentale. Les mesures anti-blanchiment prises par le gouvernement central ont changé cela.»

En 2012, les casinos de Macao dépendaient à 70% des gros joueurs. Une part qui reste à 60% aujourd’hui, contre seulement 30% à Las Vegas, ou 50% à Singapour, l’autre place du jeu à s’être développée en Asie ces dernières années (lire ci-dessous). Propriété du milliardaire hongkongais Stanley Ho, l’hôtel de luxe Grand Lisboa, au centre de Macao, remarquable par sa tour dorée en forme de lotus, est «plus exposé aux VIP que les autres casinos», relève Grant Govertsen. Problème: «Pékin veut désormais que Macao soit un terrain de jeu pour le grand public. Or, vous ne pouvez pas rapidement changer de modèle d’affaires.» «Il ne s’agit pas de fermer les casinos, complète Matthew Liu, mais de diversifier l’économie.»

Las Vegas et son fameux Strip servent alors de modèle. Là-bas, «seuls 38% des recettes viennent du jeu», détaille Grant Govertsen, le reste étant apporté par les conférences, spectacles, boîtes de nuit et autres restaurants étoilés.

A Macao, certains opérateurs sont mieux préparés au nouveau mot d’ordre de Pékin. Grant Goverts en pointe notamment Sands. Comme à Las Vegas, le groupe américain a construit le Venetian, une copie de Venise, avec canaux, gondoles et pont Rialto. Et surtout, plusieurs milliers de chambres, un des plus grands centres commerciaux du monde et quantité de restaurants et de bars. A quelques centaines de mètres du faux campanile de Saint-Marc, Sands construit le Parisian, un complexe du même type, doté d’une tour Eiffel deux fois moins grande que la vraie. Ce projet a cependant pris du retard. Fin août, la tour n’était pas achevée alors que le chantier paraissait à l’arrêt. L’ouverture, un temps prévue en décembre, a été repoussée à l’an prochain, sans date précise.

Macao copie Las Vegas, mais les derniers chiffres du Strip montrent pourtant une stagnation des recettes. «C’est presque une victoire», tempère Grant Govertsen. Car Las Vegas fait face à deux problèmes: une faible croissance de la clientèle chinoise, pour la même raison qu’à Macao, et le fait qu’aujourd’hui presque chaque Etat américain dispose d’un casino, explique le banquier. Qui relève que l’an dernier, plus de 41 millions de personnes se sont rendues à Las Vegas, un record.

Reste la carte maîtresse de Macao, détenir le monopole du jeu en Chine. Un privilège qui ne lui sera «pas retiré si vite», assure Matthew Liu.

Les casinos de Macao dépendent à 60% des gros joueurs, contre 30% à Las Vegasou 50% à Singapour

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