La bourse Nasdaq de New York a suspendu jeudi toute son activité pendant plus de trois heures en raison d’un problème informatique, un incident sans précédent qui met de nouveau en question la fiabilité des échanges électroniques.

Le courtage des actions a cessé sur la plateforme électronique d’environ 16h15 GMT à 19h25 GMT, paralysant l’indice composite Nasdaq, à dominante technologique, et des valeurs phares de la place new-yorkaise comme Apple ou Microsoft.

Malgré la panne, l’indice a clôturé en hausse de 1,08% à 3 638,71 points. L’action du groupe Nasdaq a en revanche perdu 3,42%, à 30,46 dollars.

Vendredi, le directeur général du groupe, Robert Greifeld, a déclaré que les problèmes techniques qui ont abouti à cette panne avaient été résolus. Dans une interview à la chaîne de télévision américaine CNBC, ce dernier a souligné qu’il ne pouvait toutefois pas garantir qu’il n’y aurait plus de problèmes à l’avenir.

«C’est la première fois que je vois une plateforme d’échanges fermer complètement pendant autant de temps en raison d’un problème technique en plein milieu de la journée», s’est étonné Art Hogan, responsable de la stratégie d’investissements à Lazard Capital Markets.

Les sources précises de la panne restaient à éclaircir, mais elles sont liées au système de communication du Nasdaq avec les autres bourses d’échanges.

Incident «sérieux»

A la mi-séance, «le Nasdaq s’est rendu compte que les offres de prix (d’actions) n’étaient pas répercutées par le (logiciel) qui les consolide et les dissémine dans tout le secteur financier» et a donc décidé de suspendre les cotations, a-t-il expliqué dans un communiqué.

Les autres places boursières, à l’instar du New York Stock Exchange (NYSE), ont aussi dû suspendre le courtage des valeurs échangées sur le Nasdaq.

Le problème lui-même n’a duré que 30 minutes et pendant les deux heures et demie qui ont suivi, «le Nasdaq, les autres plateformes boursières, les régulateurs et les opérateurs de marché se sont coordonnées pour assurer une réouverture ordonnée de la cotation», poursuit le communiqué.

La directrice de la SEC a qualifié, dans un communiqué, l’incident de «sérieux» et s’engage à «faire adopter les nouvelles règles» pour renforcer les plateformes boursières et à tenir à cet effet «une réunion avec les dirigeants des places boursières et autres opérateurs de marché».

Confiance «sapée»

L’incident «n’a pas provoqué de panique sur le marché», observe Art Hogan.

Il «est apparu en plein été, à l’heure du déjeuner, alors que la plus grande confusion règne sur l’avenir de la politique monétaire américaine et qu’aucune grande compagnie du Nasdaq ne publiait ses résultats. Les volumes d’échanges étaient très faibles», renchérit Steven Rosen, spécialiste des marchés à la Société Générale.

Pour Peter Cardillo, de Rockwell Global Capital, les investisseurs «n’étaient pas complètement dépourvus, ils pouvaient recourir aux autres plateformes d’échanges», mais «chaque nouvel incident de ce genre depuis Facebook a bien sûr tendance à saper notre confiance», ajoute-t-il toutefois.

Le jour du lancement en grande pompe sur le Nasdaq de l’action du réseau communautaire en mai 2012, des problèmes techniques avaient coûté des centaines de millions de dollars de pertes aux investisseurs.

Plus tôt la même année, la plateforme électronique d’échanges boursiers BATS avait été forcée d’annuler sa propre introduction boursière après un autre «bug» informatique.

L’installation ratée d’un nouveau logiciel de courtage chez Knight Capital en août 2012 s’était traduite pour la société par une perte de 461 millions de dollars et avait conduit à son rachat par un concurrent.

«Chaque fois qu’un problème technique se produit, se pose la question de l’intégrité du marché. Cela n’encourage pas les gens à confier leur argent» aux systèmes électroniques, dans des marchés de plus en plus soumis au courtage automatisé à haute fréquence, estime pour sa part Michael Gayed, responsable des investissements à Pension Partners.

Mais, ajoute-t-il, «ces incidents sont relativement rares et, dans un monde où tout dépend des fibres optiques et d’Internet, il est impossible de ne pas parfois se retrouver face à des situations anormales».