Pour la troisième année consécutive, la SUVA termine l'exercice dans le rouge. «2004 peut être qualifiée de réjouissante», estime cependant Ulrich Fricker, en se basant non pas sur les résultats financiers, mais sur le degré de satisfaction des assurés. Le président de la direction a tiré vendredi à Lucerne le bilan de la caisse d'assurance accidents obligatoire du secteur secondaire. La SUVA couvre 1,8 million de salariés répartis dans 110 000 entreprises de l'industrie et du bâtiment. L'agriculture et le secteur des services sont, par contre, dans le giron de 39 assureurs privés.

Le monopole de la SUVA sur plus de la moitié du marché de l'assurance accidents professionnels a été remis en question ces dernières années. Le statut de la compagnie, confirmé par le gouvernement fin 2004, repose sur un conseil d'administration paritaire de 40 personnes rémunéré à hauteur de près d'un demi-million de francs par an. L'assureur monopolistique offre à son directeur un salaire annuel de 476 750 francs, nettement supérieur à celui d'un conseiller fédéral. «La responsabilité porte tout de même sur un total du bilan de plus de 26 milliards de francs. Le salaire du directeur doit se rapprocher de ceux du marché du travail de l'assurance privée», justifie Franz Steinegger, ancien conseiller national radical, président du conseil d'administration de l'entreprise lucernoise. Le Conseil fédéral a renoncé à étudier une privatisation de la SUVA, mais il entend néanmoins réviser la loi sur l'assurance accidents, vieille de vingt ans. Un rapport d'experts est attendu en 2006.

La SUVA accumule les déficits depuis 2002. Cette année, la perte s'est élevée à 264 millions de francs, suivie d'un déficit de 96,8 millions en 2003. Le résultat reste inscrit en rouge en 2004, à 21,7 millions. L'embellie relative ne reflète pas une meilleure marche des affaires, mais l'augmentation extraordinaire des remboursements de frais de justice. Les recettes de recours, issues de la quinzaine de plaintes reçues quotidiennement à Lucerne, ont totalisé 286 millions, alors que les primes d'assurance ont rapporté 3,8 milliards.

La SUVA souffre de la chute des marchés boursiers. Ses revenus financiers nets ont diminué de 20% l'an dernier, à 1,07 milliard de francs. D'importantes corrections de valeur ont été effectuées pour un total de 242 millions. Elles concernent principalement les actions étrangères (–130 millions) et les placements alternatifs (–57 millions). Sans entrer dans les détails de ce flop, la direction en conclut que la surprime de 7% introduite en 2004 pour couvrir l'adaptation des rentes au renchérissement devra être reconduite jusqu'en 2007. La SUVA, qui hérite de l'assurance militaire, désire poursuivre son expansion. Elle revendique la reprise des dossiers de réinsertion professionnelle traités par l'assurance invalidité.