Horlogerie

Swatch Group aime la Suisse mais déteste son franc fort

Le groupe biennois livre un plaidoyer pour la place industrielle helvétique. Mais son patron, Nick Hayek, s’en prend une nouvelle fois à la passivité de la BNS

Aucun nuage, ou presque, ne menace l’idylle. Swatch Group aime la Suisse, passionnément. Et il le lui prouve régulièrement. Pourtant, sa dulcinée ne le lui rend pas complètement. Son grand défaut agace même sérieusement le patron du numéro un mondial de l’horlogerie, Nick Hayek.

Investissements, emplois, innovation… A l’occasion de sa conférence de presse annuelle, jeudi à Bienne (BE), le groupe a voulu souligner son attachement à la place industrielle helvétique. «Nous sommes très fiers d’avoir à nouveau atteint un record de près de 200 nouveaux brevets déposés en 2015», écrit la présidente du conseil d’administration, Nayla Hayek, dès les premières lignes du rapport annuel 2015, dont la couverture se présente sous la forme d’un certificat de brevet européen.

L’occasion, aussi, de rappeler le credo du groupe aux 9 milliards de chiffres d’affaires annuel: la R&D en Suisse, c’est bien. Mais la production de ces innovations en Suisse, c’est encore mieux. «Il est fondamental de conserver la recherche et la production au même endroit, a répété Nick Hayek, devant la presse. En ce moment, énormément de savoir-faire dans la production s’en vont hors de Suisse». Un phénomène regrettable, selon le patron d’un groupe qui a «démontré ses compétences dans ce domaine». «Les synergies sont perdues, si l’on sépare les deux pans», a-t-il ajouté.

Des preuves d’amour en série

Jeudi, Swatch Group a reçu les journalistes dans les locaux rachetés l’an dernier à l’entreprise en faillite, Sputnik Engineering, pour y installer le nouveau site de Distico (bracelets). Face à l’auditoire, Nick Hayek a notamment invité Stefan Pfrommer, le patron de Renata, filiale bâloise spécialisée dans les batteries. Deux façons de montrer, encore une fois, son attachement à la place industrielle du pays. Le grand patron a également rappelé que des dizaines de millions ont été investis ces dernières années, notamment dans les sites de ETA (mouvements) à Boncourt (JU) ou de Rubattel & Weyermann (cadrans) et Universo (aiguilles), à La Chaux-de-Fonds (NE).

Enfin, Nick Hayek a parlé emplois, alors que le groupe genevois Richemont envisage de licencier jusqu’à 350 personnes. «Nous sommes confortables avec nos effectifs. Nous préférons parfois sacrifier des ventes et des marges, pour préserver l’unité et la valeur en notre sein».

4 milliards d’effets de changes

Pourtant, le franc fort coûte cher à son groupe. En 2015, les effets de changes lui ont fait perdre 185 millions de francs. Et entre début 2010 et fin 2015, l’appréciation de la devise helvétiques lui a coûté 4 milliards de francs de ventes, a calculé le directeur financier, Thierry Kenel. Soit une demi-année de chiffre d’affaires, compare Nick Hayek dans la foulée.

Lire aussi: Swatch Group privilégie les volumes au détriment de ses marges

Personne ne lui a posé la question. Mais à la toute fin de la conférence de presse, le directeur général du groupe y est tout de même allé de sa critique sur la passivité de la Banque nationale suisse (BNS), «la seule banque centrale du monde qui semble… perdue. Partout ailleurs, en Europe, aux Etats-Unis, au Danemark, au Japon, les banques centrales s’érigent en défenseur de leur pays». A long terme, a-t-il poursuivi, le franc fort est une vraie menace pour le tourisme et l’industrie. C’est le plus gros problème, il est totalement sous-estimé».

A plus court terme, Swatch Group estime que toutes les innovations à venir vont lui permettre de faire face au ralentissement. Pour 2016, il mise sur une croissance de ses ventes «nettement supérieure à 5%». En monnaies locales, pas en francs suisses.

Lire aussi l’interview de Pascal Bobst: «Il y a un grave manque de confiance des investisseurs en nos institutions»

Publicité