Horlogerie

Swatch Group maintient le cap sur l’entrée de gamme

Le patron de Swatch Group Nick Hayek a expliqué mercredi pourquoi les ventes de Swatch, Rado et autres Tissot augmentent alors que les exportations des montres suisses d’entrée et de milieu de gamme, elles, reculent

La crise? Quelle crise? Mercredi à Bienne, lors de la conférence de presse détaillant les résultats annuels 2017 de Swatch Group, le mot «crise» n’a même pas été prononcé. Une nouvelle preuve que l’industrie horlogère semble avoir définitivement tourné la page de ces dernières années.

Lire aussi: Nick Hayek: «Swatch Group vend des montres, pas des actions» (21.07.2016)

A entendre Nick Hayek, patron du groupe qui possède 20 marques dont Omega, Rado ou Harry Winston, les ventes des premiers mois de l’année 2018 ont même connu des croissances à deux chiffres, y compris dans le segment des montres de moins de 500 francs.

Sur la même période, les statistiques de la Fédération horlogère font pourtant état d’un recul continu du segment 0-200 francs (prix à l’exportation, à multiplier par environ 2,5 pour obtenir le prix public). Recul qui s’explique généralement par la popularité montante des marques dites «de mode» (type Daniel Wellington) ou le développement des smartwatches.

Pas d’intérêt des marques suisses

Interrogé sur cette anomalie, Nick Hayek a soutenu que le consommateur n’avait pas changé d’habitudes mais que, au-delà de Swatch Group, l’intérêt des marques suisses pour l’entrée de gamme «n’était pas là». Il l’explique par deux raisons.

D’une part, «les détaillants ne veulent plus de ces produits», ce qui décourage les marques à investir sur ce segment. Il faut dire que, dans le cas des montres d’entrée de gamme, les marges des vendeurs oscillent entre 5 et 10% alors qu’elles peuvent atteindre 50% sur d’autres segments. «Avec le franc fort, du jour au lendemain, les détaillants ont vu leurs marges fondre encore davantage et n’ont plus eu intérêt à vendre ces produits.» En revanche, dans les boutiques du groupe, où l’on a accepté de gagner moins, «la demande du client final est toujours bien présente», a martelé Nick Hayek entre deux bouffées de cigare.

Une montre «augmentée»

Autre raison de ce recul: le «Swiss made». Selon le patron, à la suite du récent durcissement des conditions à remplir pour pouvoir prétendre au précieux label, «beaucoup de concurrents présents dans ce segment l’ont abandonné». Malgré ces deux raisons, l’intérêt pour ce segment pourrait être en train de revenir. «Depuis qu’ils ont réalisé le succès que rencontrait Longines [dont les ventes ont, selon nos estimations, dépassé les 1,5 milliard de francs l’an dernier, ndlr], ils se sont réveillés.»

Lors de la conférence, il a également été question des montres connectées. Et plus particulièrement des projets du groupe biennois. Entre 2018 et 2019, Tissot devrait lancer une montre «augmentée» dont le prix oscillera entre 400 et 1000 francs. «Nous allons intégrer une fonction intelligente à une montre, mais cela restera une montre», a encore ajouté Nick Hayek, rappelant qu’elle fonctionnerait grâce à un système d’exploitation conçu avec le Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM).

Lire aussi: Les montres connectées de Swatch Group seront bel et bien «Swiss made» (06.02.2017)

Davantage de femmes

Avec ses quelque 240 pages, le rapport annuel 2017 publié mercredi fournit encore quelques autres informations. Le groupe aux 35 360 collaborateurs (au 31 décembre) emploie par exemple davantage de femmes (18 271) que d’hommes (17 089).

En outre, les salaires des membres de la direction générale ont également été revus à la hausse, passant de 32,58 millions de francs en 2016 à 33,53 millions l’an dernier. Au total (salaire et bonus), le patron Nick Hayek a, lui, touché 6,97 millions de francs contre 6,13 un an plus tôt.

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