Horlogerie

Swatch Group est prié de respecter l’accord sur les mouvements

ETA, la filiale du groupe biennois, accuse d’importantes baisses de commandes. Elle a demandé à la Comco de pouvoir vendre les quantités inutilisées. Le gendarme de la concurrence s'oppose à un changement du régime décidé en 2013

Non, Swatch Group ne peut pas changer les règles du jeu en cours de partie. C’est en substance la réponse de la Commission de la concurrence (Comco) au groupe horloger biennois, qui lui demandait de pouvoir vendre librement les quantités inutilisées de mouvements fabriqués par sa filiale industrielle ETA.

La Comco a annoncé jeudi avoir maintenu inchangé l’accord à l’amiable passé avec Swatch Group en 2013. Pour rappel, celui-ci stipule qu’ETA est contraint de livrer ses mouvements mécaniques à des tiers jusqu’à fin 2019. Selon un calcul basé sur les années 2009 à 2011, la manufacture doit être capable de fournir 75% de cette moyenne en 2014-2015, 65% en 2016-2017 et 55% en 2018-2019.

Lire aussi notre article d’octobre 2013: Swatch Group sera libre de choisir les clients pour ses mouvements mécaniques

Cet accord avait été arraché à la suite de longues négociations. Il avait pour origine la volonté de feu Nicolas G. Hayek que son groupe ne soit plus «un supermarché de l’horlogerie» dans lequel les concurrents venaient se servir en ne prenant aucun risque industriel et en concentrant leurs efforts sur le marketing.

Saisie par des clients d’ETA dans la foulée de cette annonce, la Comco avait pris cette décision d’échelonner la baisse des livraisons de mouvements ETA afin de laisser le temps à ces derniers de trouver une alternative. Et aux concurrents de lancer leur propre fabrication de mouvements mécaniques.

«Danger pour la concurrence naissante»

Aujourd’hui, le débat s’est en quelque sorte inversé. Au vu du ralentissement de la demande, Swatch Group a demandé ce printemps à la Comco de pouvoir ralentir le rythme de décroissance des livraisons. «Cette requête met en danger la concurrence naissante dans le domaine des mouvements», explique au Temps le président de la Comco, Vincent Martenet. Sellita, Soprod ou Ronda par exemple, «sont des entreprises qui se sont basées sur une règle du jeu établie jusqu’en 2019 pour investir, monter en puissance et devenir une alternative à ETA» sur le marché du mouvement horloger mécanique.

La décision de la Comco est jugée «éloignée de toute réalité» par Swatch Group. Dans une prise de position, également publié jeudi, le groupe biennois déplore de devoir être contraint de «maintenir des capacités de production pour les clients tiers, ce qui implique d’importantes charges en termes financiers et de personnel. Ce alors que les commandes de ces clients tiers ont parfois été réduites de manière drastique voire complètement annulées.»

Le gendarme de la concurrence dit être arrivé à cette conclusion après un examen des conditions actuelles du marché. Le contexte économique difficile dans lequel se trouve l’industrie horlogère n’est pas une raison suffisante pour un changement.

Swatch Group argumente avec des chiffres, et des noms. Pour 2017, les commandes «de la part de clients importants comme Sellita ou Tudor» sont inférieures de 700 000 unités, par rapport à 2016. A noter que les commandes pour l’année suivante doivent être confirmées fin juin.

Contactées, ces deux sociétés n’ont pas souhaité commenter cette mention. Tout au plus, le patron de Sellita Miguel Garcia se dit «satisfait que l’accord de 2013 soit resté intact».

1,5 million de pièces en 2017

La décision de la Comco contraint ETA à maintenir sa capacité de livraison de mouvements mécaniques à hauteur d’environ 1,5 million de pièces pour l’an prochain, précise encore Swatch Group. Pourquoi ne pas avoir demandé à la Comco de pouvoir réduire les capacités de production? Interrogé jeudi par Le Temps, le groupe n’a pas souhaité en dire davantage que ce qui figure dans son communiqué.

En juillet dernier dans nos colonnes, Nick Hayek affirmait, à propos des discussions avec la Comco: «Les commandes de tiers ont tellement chuté que nous ne serons plus en position dominante à l’horizon 2017. Vu cette nouvelle donne, nous souhaiterions que cet accord entre en vigueur en 2017 déjà (au lieu de 2019, ndlr). Nous continuerons à livrer les acteurs de l’industrie, mais en étant libres de nos choix».

Vincent Martenet, lui, souligne encore que les discussions qui ont conduit à l’accord de 2013 incluaient Swatch Group, des marques tierces, mais aussi les concurrents d’ETA dans la fabrication de mouvements. Ce sont surtout ces derniers qui seraient concernés par la requête déposée par le groupe. «L’accord – conclu à l’amiable et à la demande de Swatch Group, je le rappelle – a fixé des règles pour six ans, pas pour l’éternité. Il n’est pas envisageable de les changer après trois ans», exclut-il.

La décision de la Comco peut encore être attaquée devant le Tribunal administratif fédéral. Swatch Group n’a pas encore fait savoir s’il comptait utiliser cette voie, mais il prévient déjà que pour «couvrir les surcoûts générés par l’obligation de livraison, ETA devra envisager des augmentations de prix massives».

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