HORLOGERIE

Swatch Group voulait prendre la majorité de Franck Muller, affirme Vartan Sirmakes

Des négociations discrètes ont eu lieu l'automne dernier entre le patron du groupe biennois et la direction de la société de Genthod. Trop gourmand, le premier a très vite rompu le contact.

Jugeant «inadmissibles» les propos tenus par Nicolas Hayek dans la dernière édition du magazine Bilan, le patron du groupe horloger Franck Muller, Vartan Sirmakes, a vigoureusement réagi vendredi. Tandis que le président et délégué du conseil d'administration de Swatch Group affirme ne pas vouloir racheter le groupe Franck Muller (lire ci-après), Vartan Sirmakes dit avoir reçu il y a neuf mois une proposition ferme, mais dont les termes étaient inacceptables.

A l'époque, son associé Franck Muller avait déjà quitté la société avec fracas et cherchait à vendre un important paquet d'actions – sa propre part de 21% plus celle de la société Roset, soit au total la moitié du capital. Un intermédiaire financier parisien, Michel Dyens, a contacté Swatch Group, sur quoi une entrevue a été organisée entre Nicolas Hayek, ses directeurs financier et de fabrication, Michel Dyens et Vartan Sirmakes. «Hayek a été très direct. D'emblée il a dit qu'il voulait la majorité et la présidence du conseil d'administration, raconte Vartan Sirmakes. Après quelques jours de réflexion, nous lui avons répondu que ce n'était pas possible, sans fermer la porte. Mais le lendemain, c'est lui qui a rompu le contact. Alors pourquoi revient-il sur cet épisode maintenant, posant en dieu de l'horlogerie, jouant au juge et à l'accusateur par rapport à notre groupe?» Dans son interview à Bilan, Nicolas Hayek déclare en effet que «la justice genevoise ne semble pas très rapide» pour vérifier les accusations que lance Franck Muller contre son ex-associé et suggère que «des contrôleurs indépendants voient ce qui se passe exactement dans cette compagnie».

Voilà pour l'ambiance. Mais Swatch Group a-t-il un intérêt stratégique à racheter le groupe basé à Genève? Analyste chez Lombard Odier Darier Hentsch, Alain-Sebastian Oberhuber pense que oui. Dans un rapport publié en novembre dernier, l'analyste situe Franck Muller parmi les «producteurs de niche» de l'horlogerie de luxe et juge la société «particulièrement vulnérable à une consolidation». Plus loin, il écrit qu'elle serait «le meilleur complément pour la gamme de produits de Swatch Group, qui est très ambitieux dans sa volonté de compléter son segment de haute horlogerie».

Au siège de Franck Muller à Genthod, on est en tout cas convaincu que Nicolas Hayek est aux aguets. «No pasaran!» («Ils ne passeront pas!»), tonne Vartan Sirmakes: «Notre groupe n'a nullement besoin de se vendre.» Et de lever un coin de voile sur la nouvelle collection 2004 pour appuyer ses propos: on y découvre notamment un tourbillon sur trois axes, réservé au très haut de gamme, et surtout un calibre entièrement «fait maison». Cela étant, les dirigeants de la société reconnaissent qu'ils dépendent actuellement à plus de 80% d'Eta (donc de Swatch Group) pour les ébauches qui servent de base aux mouvements équipant les montres Franck Muller. A ce sujet, leur discours est quelque peu contradictoire. «Si Swatch Group ne livre plus, on se débrouillera», assure Vartan Sirmakes. «Nicolas Hayek ne peut pas fermer le robinet, ajoute-t-il peu après. Il risque de recevoir un coup du commissaire européen à la concurrence.»

Plutôt que de subir la domination de Swatch Group, actuellement sous la loupe des autorités suisses de la concurrence, Vartan Sirmakes annonce une offensive aux contours encore flous. Mi-mai, il organisera à Genthod «un séminaire auquel sont conviés tous ceux qui s'intéressent au problème des spiraux et des balanciers». On sait que ces pièces délicates sont produites exclusivement par Nivarox (Swatch Group) et quelques manufactures comme Rolex qui ne les fabriquent que pour leurs propres besoins. Le patron de Franck Muller affirme avoir «des alliés» dans cette démarche – on pense notamment à la société valaisanne SFT, qui développe une nouvelle technologie pour le ressort-spiral – mais refuse de donner des noms.

En ce qui concerne les démêlés avec l'ex-associé du groupe Franck Muller, le directeur financier Didier Decker confirme que des discussions sont en cours pour la reprise de ses actions par un groupe industriel «très intéressant». Là encore, on n'en saura pas plus pour l'instant.

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