Le groupe Ascom se sépare enfin de son unité d'affaires «Terminals», centrée sur les appareils téléphoniques destinés aux particuliers. Attendue, l'opération fait partie intégrante du processus de recentrage du groupe bernois sur ses métiers jugés les plus prometteurs et regroupés depuis peu en quatre divisions. Parmi ces dernières, Ascom place des espoirs élevés dans sa technologie «Powerline» de transmission de données par le réseau électrique. Une technologie qui doit compter avec la concurrence d'autres systèmes de transmission à débit rapide (notamment l'ADSL), mais qui pourrait générer pour Ascom un chiffre d'affaires de 200 millions de francs en 2002 selon une étude de la Banque Pictet.

Or c'est la société d'investissement et de private equity Swiss Capital Equity Holdings (SCEH) qui reprendra la division Terminals d'Ascom le 1er septembre 2001, annonce un communiqué commun diffusé lundi. Fondée par d'anciens banquiers d'affaires de UBS, SCEH est spécialisée dans le redressement d'entreprises en difficulté selon une approche industrielle, et non seulement financière, orientée sur le long terme. Pour mémoire, SCEH avait failli racheter l'an dernier la Papeterie de Versoix.

Opération saluée par les analystes

Pour ce qui concerne Ascom Terminals, le terrain de la restructuration a en fait déjà été préparé par Ascom. Début juin, l'unité comptait en effet 220 collaborateurs alors que SCEH n'en reprend que 157. Les emplois qui ont passé à la trappe font donc partie des 1100 suppressions de postes – dont 400 pour la Suisse – annoncées par Ascom il y a deux mois (LT du 14 juin 2001), soit 10% des effectifs du groupe. Mais en cédant son unité Terminals, Ascom se débarrasse d'abord d'une source majeure de pertes depuis de longues années.

Et depuis le début de l'année, les pertes de l'unité ont encore dépassé celles essuyées lors de l'ensemble de l'exercice écoulé, soit de 20 à 30 millions de francs», précise au Temps Stephan Howeg, porte-parole d'Ascom. A ce titre, l'opération est saluée par les analystes. La vente de la société se traduira toutefois à court terme par une perte dans les comptes 2001 d'Ascom. Une perte dont l'ampleur n'a pas été communiquée, ni le prix de la transaction d'ailleurs. Cet impact ne sera en effet commenté que lors de la présentation des résultats semestriels, soit le 3 septembre prochain. Stephan Howeg admet pourtant non seulement que la transaction ne générera pas de liquidités mais encore «qu'Ascom versera un capital de départ au repreneur», un capital qui se compte en millions de francs. Pour Ascom, la division Terminals fait donc figure de fardeau aussi lourd que Sabena ou AOM pour Swissair Group. Et si Ascom ne révise pas ses perspectives bénéficiaires à la baisse, c'est que le groupe «part du principe que cette perte comptable pourra être compensée grâce aux désinvestissements prévus pendant le second semestre 2001». Le groupe bernois entend en effet encore se défaire notamment de deux unités actives dans l'automation, soit les machines d'affranchissement (mailing systems) et les systèmes de paiement Multimedia & Pay Systems (publiphones), ainsi que de deux unités de télécommunications, soit Carrier Access (modems) et IT-Solutions. Seule cette dernière, qui a créé une coentreprise avec Kudelski, était dans les chiffres rouges actuellement selon Stephan Howeg.

Comment dès lors SCEH entend-elle ramener Ascom Terminals dans les chiffres noirs? Et cela en 2002 déjà? En recentrant la société sur le marché des opérateurs de réseaux, soit sur les grands noms (une vingtaine) des télécommunications que sont Swisscom, France Télécom ou Deutsche Telekom. Grâce à des commandes sur mesure et non pas standards, ce marché est plus intéressant que celui des détaillants (Füst, Media Markt) explique au Temps Georges Burki, associé gérant de SCEH.

Dégageant un chiffre d'affaires annuel évalué à quelque 150 millions de francs, les 157 employés de Ascom Terminals sont répartis entre Soleure (90), Hombrechtikon (une trentaine), dans le canton de Zurich, et Bonneville, (plus d'une trentaine, essentiellement des ingénieurs) en France voisine. Car la société est centrée sur l'ingénierie et non pas sur la production. Ascom a en effet déjà vendu l'an dernier son unité de production des téléphones, basée à Soleure, au géant américain de la sous-traitance Flextronics. Une transaction qui s'était traduite par le transfert de plusieurs centaines d'emplois.