DEBACLE

Swiss Dairy Food fait les frais d'une politique laitière inadaptée

Pour éviter un grounding à la Swissair, la Confédération et les banques allongent quelque 160 millions de francs qui permettront d'assurer provisoirement la survie de Swiss Dairy Food. Certains sites de production, comme Lausanne et Gossau, paraissent condamnés. Cinq cents emplois sont menacés.

S'il est une crise que chacun de ses protagonistes avait vu venir, c'est bien la chute de Swiss Dairy Food (SDF), qui a obtenu dimanche un sursis concordataire. Cette issue survient au terme d'une longue descente aux enfers et a pu être anticipée par l'économie comme par les pouvoirs publics. Issue en 1999 de la fusion entre Toni Holding et Säntis Holding, lesquelles résultaient également de la fusion de plusieurs fédérations laitières régionales, SDF n'a jamais pu trouver son point d'équilibre. L'entreprise, qui vivait sous perfusion des banques, a été achevée par la chute des prix des produits laitiers sur les marchés européen et mondial, mais cette évolution défavorable n'a fait que précipiter une fin programmée. La précaire embellie du marché des produits laitiers en 2001 avait masqué une inadéquation structurelle aux conditions du marché. SDF paie d'une certaine façon les incohérences de l'ancienne politique laitière et les grandes difficultés du secteur à s'adapter aux lois du marché.

L'octroi d'un sursis concordataire, appuyé par les banques et la Confédération, permet d'éviter le chaos qu'aurait entraîné une faillite dans le secteur laitier. Quoi qu'il arrive, les vaches sont traites deux fois par jour et 7000 producteurs n'auraient plus su que faire de leur lait. Cette solution permet d'assurer la poursuite de la mise en valeur du lait en attendant la cession ou la fermeture de différents secteurs de l'entreprise. La Confédération s'engage à hauteur de 70 millions pour assurer le paiement du lait aux producteurs, à raison de 80 à 90%, pour les mois d'août et de septembre. Un consortium de treize banques consent un nouvel effort de 89 millions pour permettre la poursuite de l'exploitation dans les mois qui viennent. Visiblement très émus, Hans Räber, président du conseil d'administration, et André Straub, CEO, ont exposé hier dans un hôtel de la banlieue bernoise les causes de la déconfiture et les modalités de l'opération.

SDF a hérité de l'ancienne politique agricole d'énormes surcapacités de production. Dans un système marqué par l'irresponsabilité économique – le lait transformé à Genève était transporté depuis Saint-Gall, notamment –, chaque fédération laitière tenait à avoir ses propres installations de transformation. Les fusions ont rendu la plupart de ces sites industriels superflus. L'histoire de Tonilait, fondé en 1993, puis de SDF, est une succession de fermetures d'installations et de suppressions d'emplois. Entre 1999 et 2001 encore, SDF a engagé de sévères mesures de rationalisation en fermant quatre sites de transformation et plusieurs petites fromageries, en même temps qu'elle restructurait la production.

L'entreprise a également tenté d'augmenter son offre de produits à forte marge. C'était en effet un handicap de SDF par rapport à ses concurrents de compter dans son assortiment plus de produits à faible marge, notamment la poudre de lait. Une production qui confinait au service public, comme le remarque amèrement Hans Räber, la fabrication de poudre étant en effet indispensable pour écrêter les variations saisonnières de la production laitière. Cette politique a échoué, concède le président du conseil d'administration.

Une baisse du prix du lait à la production moindre que celle qu'anticipait le secteur de la transformation, la diminution des subventions et les difficultés d'approvisionnement ont réduit à néant les efforts de l'entreprise. La chute du bénéfice opérationnel, l'érosion des marges et les pertes de marché ont marqué les années 1999 à 2001. En avril dernier, SDF en était à envisager, sous la pudique appellation de transition contrôlée, une liquidation sans concordat. La vente de son secteur fromager à son concurrent Emmi, signée en juin, aurait permis de le faire dans de meilleures conditions. La décision de la Commission de la concurrence d'ouvrir une enquête approfondie a eu des conséquences dramatiques, affirme Hans Räber, qui se garde toutefois bien d'attribuer à la Comco la responsabilité du désastre. Le marché n'est toujours pas finalisé et, entre-temps, Emmi a revu son offre à la baisse.

Le sursis concordataire ne remet pas cette transaction en question. La cession des activités d'embouteillage à l'Argauer Zentrale Molkerei paraît également devoir se concrétiser. Des discussions sont en cours avec des partenaires suisses et étrangers pour la vente des autres secteurs sains de l'entreprise. L'obtention d'un sursis concordataire devrait permettre de sauver les deux tiers des 1600 emplois de SDF. Certains sites de production, comme Lausanne et Gossau, paraissent condamnés. D'autres, comme Thoune et Lucens, devraient être sauvés en raison de leur utilité pour l'ensemble de l'économie laitière. Des négociations en vue d'un plan social devraient débuter.

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