Swiss déroule le tapis rouge à Zurich pour son CSeries

Transport Pionnière, la compagnie helvétique devient ambassadrice mondiale de l’avion signé Bombardier

La mise en scène se veut le prélude à une livraison promise l’an prochain

Le CS100, dernière génération d’appareils de taille moyenne, présentée pour la première fois cette semaine à Paris, a inauguré mercredi soir son premier vol régional du Bourget à Kloten. Le lendemain jeudi, Swiss a convié autorités zurichoises (maire, ministre et parlementaire), ambassadrice canadienne, médias internationaux, industriels du pays et autres amoureux de l’aviation, pour admirer le nouveau-né issu des ateliers Bombardier. Dans un effort solennel, tout ce beau monde a contemplé la nouvelle bête de compétition, parée aux couleurs de la compagnie helvétique.

Cette dernière en a commandé 30 exemplaires – le premier étant livrable dès l’été prochain –, pour remplacer ses Avos, une flotte commerciale vieillissante surnommée «Jumbolinos». Cette semaine, Swiss a même annoncé la conversion de dix CS100 en CS300, un modèle de dimensions supérieures (145 sièges au lieu de 125) et dont le prix catalogue avoisine les 72 millions de dollars.

Sur le papier, la marque CSeries ne souffre aucune comparaison dans sa catégorie: 20% moins gourmande en carburant, pour plus de 15% d’économie par siège, avec 50% de bruit en moins ainsi que d’émissions de CO2. Un atout de choix, surtout face à une concurrence acharnée des transporteurs low-cost, easyJet en tête.

«Cette gamme d’appareils est appelée à bouleverser totalement les règles du jeu», résume Harry Hohmeister, directeur exécutif de Swiss, dont les équipes ont fortement influencé la conception du joyau signé Bombardier. Un atout de choix. Et Fred Cromer, président de l’unité avions com­merciaux chez Bombardier, de renchérir encore plus catégoriquement: «Les standards de confort des CSeries, avec des sièges et des toilettes les plus grandes du marché, et avec des hublots redimensionnés au point de pouvoir observer le paysage même depuis les places assises du milieu, n’ont jamais été atteints par aucun concurrent.»

Au-delà de formules, Swiss – pionnier et principal acquéreur des nouveaux appareils Bombardier –, s’offre à travers les CSeries une cure de jouvence devisée à 2 milliards de francs, matériel et formation compris. «D’une flotte actuelle âgée en moyenne de 16 ans, nous allons passer à 9,2 ans en 2018», signale Harry Hohmeister, avant de préciser la création de 150 emplois destinés à accompagner cette transition.

Car en plus du CSeries – dont le processus de certification est pour l’heure accompli à 70% –, Swiss s’apprête à accueillir, également dès l’été prochain, ses premières unités long-courriers Boeing 777. La livraison de Bombardier, elle aura pris deux ans de retard. En cause: dépassements de budget, trésorerie fragile, commandes en berne, restructuration, etc. Le constructeur québécois est en train de tenter le tout pour le tout avec Swiss, qu’il a même qualifiée jeudi de «partenaire loyale».

En se faisant l’ambassadrice mondiale du CSeries, la compagnie helvétique ne prend-elle pas un risque à la place de l’ensemble de ses concurrents? «Nous appliquons les décisions, qui remontent à 2009, de notre maison mère Lufthansa, répond Harry Hohmeister. S’il y a un risque, il est calculé. Et je suis persuadé, qu’au bout du compte, l’industrie entière nous suivra dans ce choix.»

Objectivement, le programme CSeries n’a jamais été en si bonne voie, avec des essais plus que concluants et une certification attendue pour la fin de cette année. Les premiers appareils battant pavillon Swiss l’an prochain annoncent peut-être le bout du tunnel pour Bombardier. A condition, toutefois, que son nouveau fleuron aéronautique fasse preuve de qualités opérationnelles sans failles.

«S’il y a un risque, il est calculé. Au bout du compte, l’industrie entière nous suivra dans ce choix»