Swiss tarde à livrer les noms des destinations qu'elle entend retirer de l'offre, après l'annonce en juin de la suppression de 3000 emplois et le retrait de 34 avions de sa flotte. «La nouvelle tombera aujourd'hui ou mardi prochain, mais de préférence cette fin de semaine», assure Jean-Claude Donzel, porte-parole de la compagnie. Prévenir l'actionnaire principal de Swiss, c'est-à-dire la Confédération et les cantons, ne semble pas une mince affaire en période estivale. A moins que, comme on le suggère dans les coulisses des milieux aéronautiques, le choix des destinations à supprimer soit toujours suspendu à l'alliance dans laquelle Swiss veut entrer.

«Tout le monde parle avec tout le monde»: telle est la réponse des personnes interrogées à ce sujet. Mais il semble bien que les discussions avec Skyteam, dont Air France est le chef de file, se soient intensifiées, selon plusieurs sources concordantes. En revanche, celles entamées avec Lufthansa, qui mène Star Alliance, se seraient interrompues. Ce changement d'orientation proviendrait du consultant Bain & Co. qui conseille Swiss pour mener à bien sa restructuration. Le cabinet de conseil aurait aussi convaincu le conseil d'administration qu'il était possible pour Swiss de survivre même après sa cure d'amaigrissement, tout en tentant de s'intégrer dans une alliance. Il faut préciser que le consultant s'est taillé une réputation dans l'aviation puisqu'il a notamment participé au redressement de la compagnie américaine Continental Airways.

Le point d'achoppement proviendrait toutefois du partenaire américain de Skyteam qui se trouve être Delta Airlines alors que Swiss collabore avec American Airlines (le partenaire de Oneworld de British Airways). Les négociations ne doivent donc pas être simples, ce d'autant que certains affirment que la compagnie hollandaise KLM est elle aussi en train de négocier pour entrer dans Skyteam. On ne peut pas, à ce stade, exclure que les deux compagnies – Swiss et KLM – discutent d'une entrée simultanée et conjointe dans la même alliance, profitant ainsi des appuis du Néerlandais Peter Bouw, président du conseil d'administration de Swiss. Voilà qui rappelle étrangement le souvenir d'Alcazar (regroupement de Swissair, Austrian Airlines, SAS et KLM qui a capoté en 1993).

Reste qu'en attendant de savoir quelles seront les destinations que Swiss va supprimer dans son horaire d'hiver, la concurrence n'hésite pas à lancer des offres promotionnelles. Cette semaine, Lufthansa a publié ses nouveaux tarifs au départ des trois aéroports helvétiques vers l'Allemagne à des prix cassés, affirmant souffrir comme toutes les compagnies traditionnelles des prix pratiqués par les compagnies «low cost».