Dans la foulée de ses voisins européens, la Bourse Suisse (Swiss Exchange, SWX) veut également croire au potentiel des jeunes entreprises de croissance en ouvrant son propre nouveau marché ou SWX New Market. Dès le 20 juillet, avec une première cotation de BioMarin, société américaine de biotechnologie, c'est donc un quatrième segment qu'ouvre Swiss Exchange à côté du marché principal (233 compagnies), du marché annexe (34 entreprises) et des 23 sociétés d'investissement (fonds). Comme BioMarin sera également listé au Nasdaq et que la société attend toujours le feu vert des autorités américaines, le premier jour de cotation risque d'être retardé quelque peu, mais le principe est acquis.

«Les jeunes entreprises de pointe doivent aujourd'hui considérer une approche mondiale du marché et cela nécessite des capitaux, rappelait vendredi en conférence de presse Antoinette Hunziker de Swiss Exchange. De plus, vu l'évolution technologique, elles doivent aller très vite. Dans cet ordre d'idées, le SWX New Market doit se situer en prolongement direct des investissements en capital-risque qui ont passé de 9,5 à 14,5 milliards d'euros sur le Vieux Continent entre 1997 et 1998. La Suisse n'échappe pas à cette tendance, c'est pourquoi nous croyons à ce nouveau marché ouvert aux entreprises helvétiques et internationales.»

La Bourse Suisse aura mis six mois pour mener à bien son projet dans un souci de compatibilité avec la réglementation européenne et de conformité avec l'Euro New Market, réunissant d'ores et déjà cinq Bourses européennes et avec lequel Swiss Exchange est déjà en discussion. La question d'une éventuelle participation reste ouverte. Le marché helvétique s'est donc aligné quant aux impératifs d'admission censés faciliter l'arrivée de jeunes sociétés prometteuses. Avec seulement 2,5 millions de fonds propres exigés et 12 mois de références financières (track-record), la porte est grande ouverte pour ce type d'entreprises. Afin d'animer le marché et d'intéresser les investisseurs à des sociétés à haut rendement mais à risques plus élevés, Swiss Exchange exige en revanche une très grande transparence, à savoir un prospectus d'émission aussi détaillé que pour le marché principal et des comptes trimestriels présentés selon les normes IAS ou US-GAAP. De plus, les banques émettrices doivent s'impliquer dans la démarche en jouant le rôle de teneur de marché et en produisant régulièrement des analyses financières sur l'entreprise.

Au niveau technique, les actionnaires de la société qui détiennent déjà plus de 2% des voix ne sont pas autorisés à revendre leurs titres pour une période de six mois suivant la cotation. L'introduction en Bourse doit se faire par augmentation de capital, dont 20% au minimum doivent être mis à disposition pour un montant devant dépasser les 8 millions de francs ou 100 000 titres. Et sur cette levée de fonds, les anciens actionnaires ne peuvent pas accaparer plus de 50% de cette nouvelle émission.

La Suisse arrive néanmoins assez tard dans ce segment de marché, après la plupart de ses concurrents européens. Les responsables de Swiss Exchange restent toutefois confiants, se basant sur des connaissances helvétiques extrêmement pointues dans des domaines spécifiques, tant auprès des investisseurs que des instituts financiers censés fournir l'information de base. C'est pourquoi le SWX New Market vise en particulier les entreprises actives dans les sciences de la vie, les technologies de l'information et les micro-technologies, par ailleurs extrêmement bien représentées en Suisse. «Si notre base technologique est en Californie, commentait Grant Denison, cofondateur de BioMarin, c'est en Suisse que nous avons notre centre financier.» Pour Swiss Exchange, déjà en discussion avec d'autres entreprises intéressées à entrer sur son nouveau marché, cette déclaration devrait être de bon augure.