En nommant Rolf Dörig (45 ans), issu du directoire de Credit Suisse Group, nouveau responsable opérationnel (CEO), le conseil d'administration de Rentenanstalt/Swiss Life a rassuré les marchés. Après avoir gagné 8,3% la veille, l'action Swiss Life a en effet bondi de 7,5% à 163,50 francs hier. La nouvelle a été annoncée en même temps que la mise à l'écart, perçue comme inévitable, de Roland Chlapowski (51 ans), responsable opérationnel impliqué dans le scandale LTS, du nom de la société créée en 1999 pour faire fructifier les avoirs personnels de membres de la direction.

«Après un examen approfondi de la situation, nous sommes arrivés à la conclusion que seul un changement rapide à la tête de la direction du groupe pouvait induire une amélioration de la situation. Car celle-ci est indispensable pour permettre à Swiss Life d'opérer à temps le recentrage stratégique sur son métier essentiel», a expliqué hier à Zurich Andres F. Leuenberger, président du conseil d'administration. Et ce dernier d'assurer que le conseil d'administration est convaincu d'avoir nommé en peu de temps (les premiers contacts datent de la semaine dernière), «en la personne de Rolf Dörig, un nouveau responsable opérationnel convaincant sur les plans professionnel et humain et qui a fait ses preuves».

Jusqu'ici membre de la direction de Credit Suisse Group, où il a conduit le redressement de l'unité centrée sur la clientèle grand public et les entreprises, Rolf Dörig se targue d'une profonde connaissance du marché financier suisse. Mais le profil du nouveau responsable, un banquier (voir son portrait en page 2), n'a pas manqué de surprendre, à l'heure où le groupe opère un retour stratégique sur sur l'assurance vie, après une expansion ruineuse dans la gestion de fortune. Andres F. Leuenberger a d'ailleurs reconnu que l'absence d'expérience de Rolf Dörig dans les assurances était une faiblesse. «Mais je suis convaincu que cette lacune pourra être rapidement surmontée», grâce au grand nombre de spécialistes chevronnés sur lesquels il pourra s'appuyer dans le cadre de ses nouvelles fonctions.

Rolf Dörig a assuré que sa nomination n'avait aucun lien ni avec la participation que détient CS Group dans Swiss Life (7%), ni avec le rôle de chef de file de CSFB dans l'augmentation de capital de Swiss Life. Ce refinancement doit permettre un recentrage sur l'assurance vie sans désinvestir dans l'urgence les activités non stratégiques (Banque du Gothard, STG, etc.). Il soutient en outre pleinement la stratégie fixée par le conseil d'administration.

Deux nouveaux responsables

Si Rolf Dörig reprend immédiatement les responsabilités opérationnelles au niveau du groupe, il a précisé hier qu'il prévoyait d'autres personnes à deux fonctions assumées jusqu'ici par Roland Chlapowski, soit la responsabilité des placements (CIO) et la direction de l'unité suisse (avec notamment la compagnie La Suisse). Roland Chlapowski, qui a réalisé une plus value de 3,2 millions de francs par le biais de LTS, quittera le groupe à la fin de l'année sans aucune indemnité de départ, assure Andres F. Leuenberger.

Face aux nombreuses questions posées sur le fonctionnement de la société LTS, dissoute au printemps dernier, Andres F. Leuenberger n'a guère dissipé les incertitudes. Il s'est retranché derrière les conclusions attendues de l'enquête que mène l'Office fédéral des assurances privées. Celle-ci concerne aussi les erreurs comptables qui ont contraint le groupe à retraiter ses résultats des premiers semestres 2001 et 2002. «Un rapport intermédiaire devrait être publié par l'office à la fin de la semaine», selon Andres F. Leuenberger. Face aux appels à la démission lancés à l'adresse du conseil d'administration pour avoir failli à sa mission de surveillance, Andres F. Leuenberger fait des concessions: «Nous avons sans conteste commis des erreurs. En ce qui me concerne, l'éventualité d'une démission n'est pas taboue. Mais je ne suis pas du genre à abandonner le navire lorsque surviennent les difficultés. J'estime qu'il est de mon devoir d'aider M. Dörig pour que Swiss Life retrouve la voie du succès.» Le président sur la sellette a enfin promis un conseil d'administration rajeuni et renforcé lors de la prochaine assemblée générale.