Adéfaut d'explications convaincantes susceptibles de justifier la création de la société Long Term Stategy (LTS) AG en décembre 1998, le leader helvétique de l'assurance vie Swiss Life/Rentenanstalt a apporté un peu de transparence vendredi en fin d'après-midi sur les gains réalisés par les bénéficiaires de l'opération. Créée dans le but de faire fructifier les actifs personnels des dirigeants de Swiss Life, la société d'investissement LTS, dont l'existence a été révélée par la presse le week-end dernier, est perçue comme un instrument d'auto-enrichissement qui a encore entamé l'image des dirigeants de Swiss Life. D'autant que le groupe d'assurance vie traverse une phase de restructurations impliquant la suppression de 1500 emplois sur plus de 12 700.

Pour faire bonne figure, le conseil d'administration de Swiss Life n'hésite pas à «se féliciter de l'enquête ouverte par l'Office fédéral des assurances privées» (LT du 30 octobre) et dit vouloir «prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir une totale transparence en la matière». Or les révélations communiquées vendredi soir nous apprennent que les six membres de la direction actionnaires de LTS ont gagné en tout 11,5 millions de francs au titre des investissements personnels (d'un montant de 3,8 millions de francs) effectués dans la société LTS. Ces gains ne sont d'ailleurs pas considérés comme des rémunérations.

Eviter les conflits d'intérêts

Président de la direction du groupe depuis le mois d'avril, Roland Chlapowski a récolté à lui seul en deux ans 3,2 millions de francs, triplant ainsi sa mise de départ d'un peu moins de un million (967 000 francs). Dominique Morax, responsable financier jusqu'en août dernier, a touché de son côté 3,6 millions de francs alors que l'ancien responsable opérationnel Manfred Zobl a touché 2,2 millions de francs (voir tableau ci-dessus pour les autres dirigeants). Mais la société Rentenanstalt/Swiss Life est elle aussi sortie financièrement gagnante de l'opération puisque les plus-values dégagées sur les actions LTS lui ont rapporté 14,6 millions de francs.

Roland Chlapowski justifie pour sa part la création de LTS en ces termes: «Les investissements conjoints réalisés par Rentenanstalt/Swiss Life et les membres de la direction visaient à éviter les conflits d'intérêts chez les dirigeants qui doivent prendre des décisions d'investissement.

Au lieu d'en profiter uniquement lorsque ces placements deviennent fructueux pour le groupe, notamment par le biais de bonus, ceux-ci supportent à la fois les opportunités et les risques des placements sur les avoirs personnels.» Questionné par Le Temps, le responsable opérationnel de Swiss Life réfute en outre l'idée que la création de LTS ait pu servir à contourner le risque de délit d'initié. «LTS a investi ses avoirs selon les mêmes principes et, dans la mesure du possible, dans les mêmes instruments que Swiss Life/Rentenanstalt au travers de ses propres placements», précise encore Swiss Life. Le bilan financier positif de LTS s'explique principalement par un bénéfice de 330 millions de francs réalisé en mai 2002 sur la vente de la participation que détenait Swiss Life dans la société de hedge funds RMF, dans laquelle LTS était aussi investie.

Le communiqué de Swiss Life ne manque pas de préciser que la décision de mettre fin aux activités de LTS a été prise au printemps 2002 par le conseil d'administration dirigé par Andres F. Leuenberger. Motif invoqué: «Il fallait y renoncer en raison d'intérêts supérieurs.»