Assurance

Swiss Life se dit assez solide pour affronter le krach d’une grande banque européenne

Patrick Frost, responsable des placements du groupe Swiss Life, explique pourqui son espérance de rendement atteint de 3,4 à 3,6%

Patrick Frost est directeur général responsable des placements du groupe Swiss Life (Chief investment officer) depuis 2006, après avoir fait carrière au sein de la gestion d’actifs du groupe Winterthur.

Le Temps: Est-ce que votre emprunt hybride (taux de 5.25%) est un signe que Swiss Life profite des bas taux d’intérêt?

Patrick Frost: Distinguons entre les placements du groupe et son financement. Les trois quarts du capital sont définis comme fonds propres et le reste est déterminé par des emprunts hybrides. Cet emprunt hybride offre une solution attractive pour l’investisseur en raison du taux relativement élevé, et pour nous aussi attractif parce que les autorités acceptent de le classer jusqu’au limite défini par le régulateur comme fonds propres pour la solvabilité. Nous pouvons réduire les coûts sur nos coûts moyen pondéré du capital et offrir un rendement attractif.

Quel est le risque d’un emprunt hybride pour l’investisseur?

Les risques principaux de l’emprunt 5,25% sont lies d’une part au fait que l’emprunt soit subordonné et d’autre part à la possibilité pour l‘émetteur de retarder le paiement des intérêts s’il se trouve dans une situation de stress.

Quel est l’effet des taux bas sur les placements?

C’est un défi pour les nouvelles affaires puisque le rendement obligataire ne dépasse pas 1%. C’est pourquoi nous plaçons un tiers en obligations d’entreprises, un tiers en obligations souveraines, un septième en immobiliers. Au total, nous avons obtenu un rendement net de 4% de rendement net en moyens ces deux dernières années et espérons un même rendement légèrement plus bas sur un niveau entre 3,4 à 3,6% cette année.

Les taux bas ont trois avantages, pour nos placements immobiliers, pour la couverture de la protection monétaire, qui coûte environ 1% - si j’ai un rendement obligataire de 5% en dollar, le rendement net sera de 4% en francs-, et enfin lors du refinancement à court terme (repo). Mais le solde n’est pas favorable.

Pourquoi les assureurs suisses sont-ils plus investis dans l’immobilier que les Européens?

Nous avons davantage d’immeubles que les Européens parce que le marché suisse est un marché de locataires. Les raisons sont culturelles. Les prix sont traditionnellement chers et les taux sont bas. L’an dernier nous en avons acheté pour un milliard de francs et détenons 15 milliards aujourd’hui.

Est-ce une question de culture plutôt qu’espérance de rendement et de réglementations?

C’est une classe d’actifs attractive parce que le rendement/risque est plus attractif que les actions. Nous en attendons un rendement réel de 4% (nominal de 5%). Ces derniers temps, les prix sont véritablement chers sur un segment particulier, les maisons individuelles à Zurich et en Suisse romande.

Ne vendez-vous pas si les prix sont chers?

Nous ajustons le portefeuille. Nous vendons quelques millions mais nous achetons pour 1 milliard par an. Par ailleurs nous lançons une classe d’actifs pour les institutionnels, l’immobilier commercial, afin de répondre à notre stratégie axée sur les commissions plutôt que le résultat financier.

Pourquoi si peu d’actions?

Nous avons 1% en actions, après avoir réduit l’exposition cet l’été. La part en actions est inférieure à celle de la concurrence européenne. La réglementation nous a amené à réduire cette classe d’actifs en raison de leur volatilité. Car, les pertes sont supportées par Swiss Life et les gains sont attribués aux clients. Nous préférons les actifs moins volatils. En 2009, nous avions une performance de 8,6% et de 6,6% en 2010 sur nos investissement sur les actifs LPP. Elle sera satisfaisante cette année, malgré les turbulences dans la zone euro, grâce à l’immobilier et aux obligations d’entreprise. Nous investissons à 2% au-dessus des rendements gouvernementaux et ne souffrons, depuis deux ans, d’aucun défaut de paiement.

Croyez-vous aux vertus de la diversification du portefeuille et aux mérites des actions?

Oui en principe, mais si je dois payer moi-même les pertes et redonner les gains aux clients, l’asymétrie n’est pas attractive. Le client participe en partie à la baisse, mais seulement dans la partie supérieure au taux garanti. En 2008, c’est l’assureur qui a assumé les pertes. Nous cherchons à éviter les actifs très volatils.

Les obligations ne sont pas épargnées par a crise de l’euro. Quel est le risque maximum pour Swiss Life?

Nous avons fortement réduit le risque envers les pays d’Europe périphériques (PIIGS), lesquels représentent moins de 1% des actifs, dont 0,2% l’Italie de notre investissements totales. Sur les monnaies, nous protégeons entièrement les placements depuis plus de deux ans. Nous n’avons presque rien perdu durant la chute de l’euro. Mais nous ne protégeons pas les revenus ni les valeurs de nos participations, ce qui a réduit nos fonds propres de 64 millions au premier semestre (1%). Le coût de la protection monétaire est bon marché.

Que pensez-vous de la décision de la BNS?

C’était une bonne décision. A 1,47, j’avais mes doutes et le soutien politique était insuffisant. Mais à 1,20, le consensus était très large et le franc largement sur-évalué. C’est une décision qui toutefois pourrait favoriser une hausse progressive des taux à long terme.

Les craintes d’inflation augmentent en raison du lien entre le bilan des banques centrales et le risque d’inflation. J’espère que ces craintes s’inscriront davantage dans les prix des obligations. Mais je m’attends à une hausse des taux d’intérêt de 0,25% par an. Car la croissance restera faible.

Sommes-nous dans un scénario de stagnation à la japonaise?

Non car les anticipations d’inflation sont positives, mais le danger d’une longue phase de stagnation demeure et s’inscrit dans notre scénario alternatif (probabilité de 40%). Nous privilégions un scénario plus favorable, celui d’une reprise ultérieure (50%). Le troisième scénario possible, celui d’une reprise synchronisée, n’a qu’une probabilité de 10%.

Quelle est votre espérance de rendement à long terme?

Notre espérance de rendement net est de 3.4 - 3.6% pour l’année 2011. Il comprend les loyers, les coupons, les coûts de protection sur les changes, les gains et pertes des placements, des alternatifs et des immeubles. Mais nous ne publions pas les attentes de performance.

Les 3.4 - 3.6% sont à comprendre pour l’ensemble d’un groupe dont les deux tiers des affaires sont en Suisse. Les attentes sont plus basses en Suisse parce que les taux sont inférieurs. L’espérance de rendement est de 3% en Suisse et 4,5% en Europe.

Quelle classe d’actifs dispose des meilleures chances ces 12 prochains mois?

Tout dépend des attentes différentes selon les scénarios. Selon le scénario principal, nous prévoyons un rendement de 8% sur les actions et 5% l’immobilier. En intégrant les notions de risques, les deux classes les plus attractives sont les obligations d’entreprises et l’immobilier.

Est-ce que Swiss Life est assez solide pour traverser une nouvelle crise?

Notre solvabilité statutaire atteint 203%, en vertu de réserves latentes élevées dans l’immobilier- ca. 2 milliards de francs-. Cela signifie que tant que nos réserves latentes n’ont pas baissé de 2.4 milliards, notre solvabilité n’est en rien affectée. Ajoutons que les risques de pertes de change sont couverts. Enfin, avec la baisse des taux, nous gagnons des milliards de francs de réserves latentes sur les obligations. Le risque peut naître de défauts de paiements dans les obligations, même si nous n’en avons pas eu depuis deux ans. Le vrai risque vient des actions (1%) et des alternatives (1%).

Si une grande banque européenne faisait faillite, nous ne serions pas menacé. Mais si l’ensemble du système financier s’arrêtait, alors oui nous aurions quelques problèmes comme tous les investisseurs.

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