Les négociations entre Swiss et Lufthansa sont aujourd'hui officielles. En filigrane de ces fiançailles se pose la question de l'avenir de Unique Airport, point d'entrée essentiel en Suisse pour certains. L'année passée, l'aéroport zurichois a enregistré la venue de 17,2 millions de passagers via des vols européens (75%) et intercontinentaux (25%). Nombre d'entre eux se destinaient à visiter le pays. L'éventualité d'une desserte moindre à Zurich menace-t-elle le tourisme suisse? Ses représentants s'en soucient-ils? «Toute réduction représente un danger», s'inquiète Véronique Kanel, porte-parole de Suisse Tourisme.

Parmi les 27 destinations long-courriers proposées au départ de la ville alémanique, nombre d'entre elles sont aussi desservies par Lufthansa. C'est le cas des villes américaines, mais aussi de Tokyo, Singapour, Hongkong ou encore Bombay. «Il est vital que nous puissions maintenir et développer des liaisons transcontinentales directes vers des marchés importants comme les Etats-Unis, mais aussi vers des marchés d'avenir à fort potentiel comme la Chine, la Corée (ndlr: deux destinations pas desservies aujourd'hui) ou encore la Russie», affirme-t-elle.

Imagerie helvétique

Directeur du marketing auprès d'EasyJet Suisse, Philippe Vignon balaie cet argument. «C'est un faux débat. Que représente la perte de deux heures sur un vol de treize heures? Je ne crois pas à l'impact sur le tourisme d'une réduction des vols long-courriers.» Pour appuyer son propos, le représentant de la compagnie orange donne en exemple le vol Londres-Genève que 8% des passagers (dont 2% de Coréens) rejoignent en cours de voyage. «Le voyageur est devenu individuel», décrit-il. Il vole jusqu'à Londres, d'où il rayonne ensuite en Europe.

«Arriver directement en Suisse reste la solution idéale. Nous cherchons toujours la destination la plus courte quand nous voyageons», rétorque Christian Seiler, administrateur délégué des Hôtels Seiler à Zermatt.

Par contre, l'hôtelier valaisan n'est pas attaché à la survivance d'une compagnie nationale. «L'existence d'une liaison est importante et non qui la dessert.» Un avis que ne partage pas la représentante de Suisse Tourisme. Elle souligne le rôle de Swiss comme vecteur d'image et partenaire commercial pour le pays. «Beaucoup ont la nostalgie de Swissair. La compagnie avait à l'époque un rôle au côté de Suisse Tourisme.

Profiter d'une grande alliance

Tout cela est fini», témoigne Christian Seiler. «Cela relève du fantasme», renchérit Philippe Vignon. L'imagerie helvétique (films, nourriture, vins) proposée par Swiss pourrait sans autre être reprise par Lufthansa, selon le patron des Hôtels Seiler. «Cela serait même logique.»

Directeur de la Fédération suisse des agences de voyage, Walter Kunz n'affiche aucune inquiétude. «Lufthansa est tout aussi professionnel. Et je doute qu'il rachète Swiss pour la détruire.» Il se réjouit même de la perspective de voir Swiss au sein d'une grande alliance. Les destinations seront augmentées. «Nous ne voyons aucun inconvénient pour nos clients», constate Reto Bacher, responsable européen du spécialiste du voyage BTI, interrogé par Cash. Pour la majorité des interlocuteurs, l'intégration dans Lufthansa redonnerait à la Suisse un réseau international. «Le hub de Zurich n'en est plus un», constate Jean-Jacques Gauer, directeur général du Lausanne Palace.