Les femmes font Le Temps

Le «Swiss made» est tout sauf neutre

Pour que le label helvétique reste un précieux avantage comparatif, il faut des entreprises engagées, un courage politique marqué et un soutien durable des autorités. Sans quoi, la suissitude n’est qu’une vue de l’esprit

Cet article fait partie de l’édition spéciale «Les femmes font Le Temps», écrite par une cinquantaine de femmes remarquables, et publiée lundi 6 mars 2017.


Depuis le 1er janvier de cette année, une nouvelle loi encadre l’utilisation du terme «Swiss made». Désormais, seuls les produits dont au moins 60% de la valeur a été réalisée sur le territoire helvétique peuvent s’en prévaloir. Un gage de crédibilité et de qualité? De manière générale oui. Mais il ne constitue pas une fin en soi.

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Si la définition plus stricte du «Swiss made» est un progrès, elle ne comble pas les attentes de tous les entrepreneurs. Le dynamisme et la capacité de résilience du tissu économique suisse repose sur la diversité de ses acteurs et de ses corps de métiers. Nombre de sociétés helvétiques sont fermement attachées à maintenir leur production et les emplois dans le pays. Mais elles ont trop souvent l’impression de ne pas être écoutées lorsqu’elles évoquent la détérioration de leurs conditions-cadres.

Que l’on ne s’y trompe pas, le «Swiss made» a un prix. Il nécessite un courage politique et un soutien concret, de la part des autorités mais aussi des institutions telles que la Banque nationale (BNS). Sans quoi, la suissitude, censée rimer avec valeur, innovation et créativité, risque de se transformer en une pure vue de l’esprit. Or, de nombreuses entreprises n’ont pas attendu 2017 pour aller bien au-delà de la désormais nouvelle exigence «Swiss made». Elles le font parfois depuis des siècles.

La face cachée de la suissitude

A l’heure de la rationalisation des coûts à outrance et des marges érodées par le franc fort, une telle posture est-elle raisonnable sur un marché mondialisé? Certainement. Tout d’abord, il existe des savoir-faire, comme certains métiers d’artisanat traditionnel, qui ne sont pas délocalisables. La diversité des expertises en Suisse constitue une richesse que peu de pays peuvent offrir. Ensuite, dans la mesure où des fleurons de l’économie helvétique basent leur réputation sur leurs racines genevoises, grisonnes, bâloises ou tessinoises, le succès devient indissociable du «Swiss made».

Plus qu’un investissement, le label suisse est un élément différenciateur. Une garantie de haute valeur ajoutée. Peuvent en témoigner des capitaines d’industrie qui l’ont sans doute constaté lors de voyages à l’étranger. Par exemple en Chine, où les parents soucieux de la santé de leurs enfants privilégient les produits estampillés de la croix blanche sur fond rouge. Tout simplement parce que, pour ces consommateurs asiatiques, de telles marchandises sont synonymes de vertus, mais aussi gage de confiance absolue.

La matière grise, une ressource naturelle typiquement helvétique

Le «Swiss made» est une véritable revanche sur un marché où la concurrence se distingue trop souvent par une fabrication de piètre qualité. Ainsi, le «Swiss made» est une marque de confiance inestimable qu’il est primordial de protéger et de défendre au même titre qu’une AOP viticole.

Rappelons aussi que la créativité est souvent stimulée par la contrainte. Fabriquer sur le territoire helvétique pousse les forces vives du pays à se réinventer sans cesse. Face à des coûts de production supérieurs, aussi bien en termes de main-d’œuvre que d’infrastructures, la seule réponse viable pour une entreprise demeure l’innovation. Soit justement la matière première de la Suisse.

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