Depuis mercredi, le Swiss Performance Index a un nouveau visage. Il regroupe toujours 282 titres de sociétés cotées sur le marché suisse, mais elles sont désormais déclinées suivant une structure sectorielle inspirée de celle qui prévaut pour les indices européens STOXX mis au point par Dow Jones. Cette structure par arborescence réunit 10 secteurs économiques, 18 secteurs de marché, 40 groupes industriels et 70 sous-groupes. But de l'opération: favoriser une meilleure lecture typologique du marché suisse et faciliter son accès aux investisseurs qui agissent en se basant sur les groupes indiciels, en particulier les institutionnels américains.

«L'ancienne structure datait de 1987, et depuis beaucoup de choses ont changé, tant dans la définition des secteurs que dans les activités des entreprises elles-mêmes. Nous devions dès lors adopter une déclinaison plus diversifiée, plus précise, qui reflète mieux le poids respectif des activités dans l'économie suisse, explique Patrick Weibel, responsable des produits chez SWX (la raison sociale de la Bourse suisse). La nouvelle structure est très complète, elle est conçue de façon à pouvoir accueillir de nouveaux titres, de nouvelles activités voire de nouveaux groupes.» De fait, certaines des subdivisions créées à l'occasion de ce remaniement restent vides pour l'heure – ou ne comptent qu'un ou deux titres, comme c'est le cas par exemple du secteur de marché «automobile», avec les titres Michelin porteur et Métraux nominative. Théoriquement, la nouvelle clé de répartition permet la publication de 194 nouveaux indices, dont 54 en temps réel. «Les plus importants nouveaux groupes sont les 18 secteurs de marché, qui pourront servir de base à des paniers de produits dérivés créés par les banques, estime encore Patrick Weibel. A ce titre, nous avons été surpris par le nombre de paniers qui ont été émis à partir de la création du Swiss New Market Index, à la fin de l'hiver dernier.»

Par rapport à la classification des indices STOXX, trois secteurs «spécifiquement suisses» ont été ajoutés: il s'agit de deux sous-groupes («transports diversifiés» et «technologie diversifiée»), ainsi qu'un groupe industriel, les «produits de luxe». C'est sous cette nouvelle entête que l'on retrouve les sociétés Richemont et… Swath, preuve que le message stratégique de Nicolas Hayek a bien été perçu par les responsables des indices à la SWX!

Des vertus défensives

Ce saucissonnage de l'indice général de la Bourse suisse ne trahit-il pas une tentative ultime de regagner l'intérêt des investisseurs pour un «fourre-tout» qui aurait perdu jusqu'à sa raison d'être? Le responsable des produits de la SWX ne le pense pas: «Un indice général suisse sera toujours utile. Du reste, les médias spécialisés américains y font toujours référence.» Mais les grosses valeurs rassemblées dans le Swiss Market Index représentent 85% de la capitalisation boursière, et cette tendance va s'accentuer encore avec le passage prochain à 29, voire 30 titres.

Pour Michel Girardin, responsable de la stratégie de placement à la Banque Edouard Constant, demeure songeur devant cette réorganisation: «Si cette segmentation accrue permet de donner des messages plus clairs en terme de typologie du marché suisse, c'est une bonne nouvelle, commente-t-il. Gare toutefois à une volonté de transparence qui irait tellement loin qu'elle finirait par se retourner contre le but originel: en multipliant les sous-indices, on apporte peut-être une mauvaise solution à un vrai problème.» Pour l'analyste, la volonté de la clientèle pousse au contraire les banques à regrouper les secteurs afin de mieux profiler les portefeuilles, dans des catégories plus larges de type défensif, cyclique, ou technologique. Du reste, le marché suisse sera d'abord acheté parce qu'il a des vertus défensives recherchées en cette période de turbulences pour les valeurs technologiques. D'autre part, les paniers de dérivés créés par les banques sont en général très globaux, et à peu d'exceptions très rarement limités à un seul marché national. Le cas échéant, les établissements définissent eux-mêmes les critères de leurs paniers. «A mon avis, conclut Michel Girardin, il est beaucoup plus important de savoir que les grandes sociétés suisses pourront être cotées directement en euros, à Londres ou à Francfort. Cela engendrera une lame de fond en terme d'afflux de capitaux.»