Ce n'étaient dimanche soir que des rumeurs, mais dont la précision pouvait faire croire à une restructuration prochaine majeure de la compagnie aérienne Swiss.

Selon l'hebdomadaire alémanique SonntagsZeitung, le conseil d'administration, qui doit se réunir aujourd'hui, devra étudier une série importante de propositions émises par la direction du transporteur suisse. En fonctions depuis le 1er juillet dernier à la tête de Swiss, Christoph Franz souhaiterait scinder sa compagnie en deux en créant une société sœur chargée des vols régionaux. Dans le même temps, neuf avions Saab 2000 seraient vendus, la convention de travail serait revue à la baisse, et au moins une septantaine de pilotes seraient licenciés.

Cet éventail de mesures, que la compagnie n'a pas souhaité commenter, rappelle le projet Swiss Express, qui visait, il y a trois ans, à créer une compagnie régionale parallèle à Swiss. Vu l'hostilité des pilotes, les plans avaient rapidement été retirés. Selon la SonntagsZeitung, Christoph Franz aurait remis au goût du jour ce projet, et serait déjà en discussion avec d'éventuels acquéreurs pour ses neuf Saab 2000. Concernant les aéroports, Zurich serait ainsi desservi par des appareils plus petits pour les vols régionaux. Un retrait de Bâle et de Genève ne serait pas envisagé, mais l'offre au départ de ces deux aéroports serait réduite.

Conventions collectives dénoncées

Du côté du personnel, les mesures envisagées semblent extrêmement dures. Les deux conventions collectives conclues par le syndicat Swiss Pilots (pilotes de l'ex-Crossair) et Aeropers (pilotes de l'ex-Swissair), qui expirent respectivement le 31 octobre 2005 et fin 2005, seront revues nettement à la baisse. Selon le journal dominical, la direction veut aligner ses coûts au niveau de ceux d'EasyJet, diminuer les salaires et augmenter le temps de travail. Rappelons qu'il y a à peine plus d'un mois, Swiss dénonçait la CCT de son personnel de cabine, après avoir dénoncé celle de ses 2000 employés au sol en septembre. De plus, selon la SonntagsZeitung – qui ne cite aucune source –, 70 pilotes, plus un nombre encore plus élevé d'autres spécialistes, seraient licenciés.

Du côté des syndicats de pilote, les réactions sont contrastées. Contacté hier, Christoph Ulrich, responsable d'Aeropers, se borne à expliquer que «il ne s'agit que de rumeurs», tout en reconnaissant s'attendre à de nouvelles économies de la part de la compagnie pour début 2005. Joint hier, Christoph Frick, président de Swiss Pilots, est plus disert. «Nous sommes au travail depuis plusieurs heures pour étudier les informations contenues dans l'article, et répondre aux interrogations des pilotes. Les scénarios avancés sont très inquiétants tant pour la compagnie que pour les pilotes, et je me refuse à croire que la direction prendra de telles mesures sans des négociations préalables avec les syndicats.»

Liste de propositions

Christoph Frick estime lui aussi que Swiss s'apprête à prendre de nouvelles mesures. «Mais scinder la compagnie en deux n'a aucun sens et risque de provoquer de très vives réactions au sein des pilotes.» Le spectre d'un traitement inégal entre des pilotes de deux compagnies sœurs risque en effet de ressurgir. Est-ce à dire que Swiss, dont la santé financière est toujours chancelante, ne doit prendre aucune mesure d'économies? «Absolument pas. Nous avons d'ailleurs soumis une liste de propositions à Christoph Franz, et j'espère qu'il les relaiera auprès du conseil d'administration. Je ne peux vous en dire plus, mais ces mesures d'économies pourraient être très utiles.» Et Christoph Frick d'ajouter que Swiss Pilots pourrait être prêt à entrer en matière sur une éventuelle baisse des salaires. «Mais attention, lorsque la compagnie se portera mieux, le personnel devra absolument voir son salaire augmenter.»

Nouveaux administrateurs?

Selon la SonntagsZeitung, Lufthansa aurait pris contact en décembre dernier avec les principaux actionnaires de Swiss pour les sonder sur leurs intentions. De leur côté, Christoph Franz et une partie du conseil d'administration auraient réaffirmé leur volonté de maintenir Swiss indépendante. Selon le journal dominical, la succession de Peter Bouw à la présidence du conseil d'administration pourrait ne pas être réglée avant une décision définitive sur l'appartenance ou non de Swiss à une autre compagnie.

Enfin, la SonntagsZeitung avance trois noms de personnes susceptibles de faire leur entrée au conseil d'administration: Johann Schneider-Ammann, président de l'association faîtière de l'industrie des machines Swissmem, René C. Jäggi et Walter Bosch.