Le bénéfice net de Swiss Re plonge de 53% à 624 millions et s'inscrit presque un tiers en dessous des prévisions. L'action Swiss Re réagit violemment et chute de plus de 4,45% sous l'effet de mauvaises nouvelles qui ne se limitent pas aux produits structurés sur les crédits.

Le groupe de Jacques Aigrain avait déjà annoncé en novembre qu'il mettait dans une unité chargée de sa liquidation le portefeuille de dérivés de crédits liés à un défaut (CDS). Une opération dite de «run-off» pour laquelle Swiss Re a engagé David Blumer (ex-Credit Suisse). Même en «run-off», ces produits pénalisent toujours les comptes.

Au premier trimestre, l'amortissement sur les CDS lui coûte 819 millions de francs. C'est plus du double des attentes des analystes. Et, malgré une stabilisation des marchés financiers en avril, ces dérivés nécessitent encore 200 millions d'amortissements sur le compte du mois d'avril. La réaction des investisseurs ne s'est pas fait attendre. Ils vendent massivement. Car le groupe avait répété que ses méthodes d'évaluation étaient très prudentes. L'amortissement dû aux CDS a dépassé les 2 milliards en six mois... Selon le directeur financier, le réassureur possède encore une exposition de 2,76 milliards dans les CDS.

40 milliards en structurés avec un rating élevé

En dehors de ce portefeuille en «run-off», Swiss Re détient également 40,7 milliards de francs en produits structurés à son bilan. 24 milliards sont en RMBS (dérivés de crédit sur les hypothèques résidentielles) et 8 milliards en CMBS (immobilier commercial). Mais la notation de ces produits est de première qualité, selon la société. En effet seul 0,9% des CMBS ont un rating inférieur à A et 5% des RMBS sont dans ce cas.

Certes, le groupe maintient ses objectifs à long terme de 14% de rentabilité des fonds propres et de 10% d'augmentation du bénéfice jusqu'en 2010. Mais George Quinn, directeur financier, déclare avoir besoin d'une accélération du bénéfice pour y parvenir. Le doute est donc permis. Mais le programme de rachat d'actions de 7,75 milliards de francs effectué par la société se poursuit comme convenu. A la fin avril, il est accompli à 44%.

L'analyse ne doit pas omettre les aspects positifs du premier trimestre. Dans la division des marchés financiers, en dehors du «run-off», le groupe augmente à 5,8% le rendement des investissements (+ 0,4%).

Le secteur non-vie s'avère solide malgré la diminution de 25% des recettes de primes. Le recul répond à la cession des 20% du portefeuille «dommages» au groupe de Warren Buffet (300 millions au premier trimestre), mais aussi à la baisse du dollar et à la volonté des clients de conserver eux-mêmes les risques ainsi qu'à celle de Swiss Re de rester strict dans sa politique tarifaire. Le bénéfice de cette importante division est toutefois meilleur que prévu. Il ne baisse que de 6%. Par contre le taux combiné se détériore vivement et grimpe de 3,1 points à 96,9%. Ce taux intègre la charge de sinistres et les frais et les met en relation au total des primes. Plus il diminue et plus la rentabilité augmente.

Dans le secteur vie, le bénéfice baisse de 45%, soit bien plus que prévu. La société affirme que la marche des affaires est convenable, mais les gains financiers réalisés sont nettement plus faibles qu'au début 2007.