Le groupe Swiss Re a subi de plein fouet les effets de la pandémie. Le groupe que présidera dès cette année Sergio Ermotti a d'ailleurs présenté vendredi deux résultats, avec et sans le coût du Covid-19. Dans un communiqué, il annonce une perte nette de 878 millions de dollars (787 millions de francs) en 2020.

Les analystes financiers s'attendaient à mieux, puisqu'ils espéraient en moyenne un résultat négatif de 526 millions. Sans le coronavirus, l'entreprise aurait présenté un bénéfice de 2,2 milliards de dollars, lequel aurait largement dépassé les 727 millions de dollars de l'année précédente.

L'objectif de rentabilité du groupe, qui est de 7% au-dessus du rendement à 10 ans des obligations américaines (1,3% jeudi soir) n'est toutefois pas atteint, puisque le rendement des fonds propres est négatif (-3,1%). Sans prise en compte de la pandémie, ce rendement s'élève à 7,3%. 

A lire aussi: Swiss Re s'allie à Google sur le marché de l'assurance

Le Covid-19 coûte 3,9 milliards de dollars au réassureur sur l'ensemble de l'année. A fin septembre 2020, lors des résultats au troisième trimestre, la facture de la pandémie se limitait à 3 milliards de dollars. Lors d'une vidéoconférence, Christian Mumenthaler, président de la direction du groupe, précise que le quart du coût de la pandémie a plombé le quatrième trimestre. John Dacey, directeur financier, ajoute que 60% de ces charges correspondent à des dommages qui se sont produits mais qui n'ont pas encore été annoncés à l'entreprise. Ces sinistres touchent l'annulation d'événements, l'interruption d'exploitation et l'assurance vie. La direction s'attend à un coût supplémentaire de 0,5 milliard de dollars en 2021.

Dividende inchangé

Le groupe propose de verser un dividende inchangé de 5,9 francs. La direction justifie le geste «malgré les événements exceptionnels de 2020, par les perspectives positives de l'entreprise et la solidité du bilan». L'actionnaire de Swiss Re profite ainsi du plus haut rendement direct de la cote suisse (7,1%), si l'on en croit les analystes. Le réassureur s'abstient toutefois de présenter à l'assemblée générale un nouveau programme de rachat d'actions.

Le débat sur la distribution des bénéfices aux investisseurs reste pourtant d'actualité. Le parti socialiste s'en est pris jeudi aux entreprises qui reçoivent l'aide de l'Etat à travers le chômage partiel (RHT) et distribuent des dividendes. Dans le cas de Swiss Re, le porte-parole de Swiss Re déclare que la société n'a pas été au bénéfice de RHT durant la pandémie. 

Des recommandations de prudence en matière de distribution du bénéfice pourraient toutefois été édictées par l'Etat. «Je ne crois toutefois pas que les autorités de surveillance, la Finma, limiteront le versement des dividendes. De fait, l'industrie de l'assurance a payé les dommages qui n'étaient pas clairement assurés. Le niveau élevé des fonds propres est d'ailleurs très bon dans la branche», estime Simon Fössmeier, analyste financier auprès de la Banque Vontobel.

Les fonds propres de Swiss Re demeurent très solides, avec une taux de solvabilité qui s'inscrit dans les objectifs visés (200 à 250%). Les fonds propres du groupe atteignent 27,1 milliards de dollars (30,2 milliards sans le Covid-19). Ils sont toutefois légèrement inférieurs aux 27,6 milliards de dollars attendus par la plupart des analystes.

En voie d'amélioration

Le groupe dirigé par Christian Mumenthaler souligne les progrès entrepris par sa société et l'amélioration du marché de la réassurance. Lors des renouvellements de contrats d'assurance non-vie de janvier 2021, les tarifs sont en hausse de 6,5%. Afin de protéger ses marges, le réassureur s'est toutefois abstenu de nombreuses affaires si bien que les recettes de primes ont baissé de 11%.

De plus, dans la division spécialisée dans l'assurance commerciale, Corporate Solutions, le retournement semble engagé. Le rendement des fonds propres s'élève à 16,5% sans les coûts du Covid-19.

En bourse, l'action est en légère hausse vendredi. La principale question, selon Simon Fössmeier, sera de savoir si les investisseurs se concentreront sur le résultat hors pandémie ou s'ils prendront en compte un niveau d'incertitude encore élevé.