Le premier Swiss Venture Forum se tient demain et mercredi à l’Hôtel Starling à Lausanne. En initiant ce projet, Jean-Marc Soustre, spécialiste de l’innovation et expert en ingénierie financière auprès de l’Agence de promotion de l’innovation (CTI), veut développer l’attractivité de la place. «Des investisseurs de toute l’Europe et même d’Israël et d’Egypte seront présents», indique-t-il.

Pour les 35 start-up helvétiques se présentant devant le panel d’experts, et qui pourront être sélectionnées pour une grande finale à Berlin en fin d’année, c’est une opportunité d’élargir leurs horizons. «L’an dernier, nous avons réalisé un premier tour de financement de 2 millions de francs avec Polytech Ventures (fonds d’amorçage de l’EPFL), explique Raffael Maio, cofondateur de Netguardians, une jeune pousse vaudoise spécialisée dans les logiciels de gestion du risque dans le domaine financier. Nous avons pu partir à l’international et cherchons aujourd’hui des investisseurs un peu différents en vue d’un deuxième tour de table.»

Le canton de Vaud amène son soutien financier à ce nouveau rendez-vous, comme il le fait pour d’autres (European Tech Tour, Medtech Investing Europe ou le salon Lausannetec cette semaine). Il espère ainsi promouvoir son image et ses perles à l’international. «Ce n’est pas nous qui avons choisi les start-up, précise Raphaël Conz, responsable de l’Unité de promotion économique, mais nous avons la garantie de la participation d’un certain nombre basées sur territoire vaudois.»

Jean-Marc Soustre estime que le système d’argent privé en Suisse fonctionne bien jusqu’à 1 million de francs, notamment grâce aux 150 fondations – un chiffre avancé par la CTI – qui apportent leur soutien aux jeunes pousses. «C’est entre 1 et 3 millions que la situation se complique, estime le spécialiste du private equity. C’est une zone désertée par les ventures capitalistes. Les VC (comme on les appelle dans le jargon) préfèrent injecter plus de 10 millions dans des sociétés qui présentent moins de risques.» Même là, les VC auront tendance à se réunir en pool pour réaliser un tour de table, ajoute Raphaël Conz.

Conséquence: les Etats viennent combler la défaillance du système pour ces quelques millions intermédiaires. «En 2009, 8% de l’argent géré par les fonds d’investissement européens provenait de l’argent public. Ce pourcentage a grimpé à 57% à fin 2011, détaille Jean-Marc Soustre. Le modèle est en train de souffrir. Il faut développer d’autres véhicules d’investissement, comme le corporate venturing. Les grands groupes devront de plus en plus outsourcer leur R&D dans des PME très performantes, et la Suisse a une carte à jouer dans ce mouvement.»

Concernant les fonds publics, des initiatives sont en cours de réalisation, comme le projet vaudois InnoVaud. Cette future «agence de l’innovation cantonale» apportera son soutien à l’hébergement de start-up, au suivi des sociétés et à leur financement. «L’annonce officielle du projet est agendée pour le deuxième semestre 2012. InnoVaud sera un catalyseur des aides à l’innovation et sera opérationnel l’an prochain», précise Raphaël Conz. Une chose est sûre: des moyens financiers supplémentaires seront octroyés à la Fondation pour l’innovation technologique, actuellement dotée d’un peu moins de 1 million de francs.

Si le Swiss Venture Forum a pour objectif de dynamiser cet écosystème, Jean-Marc Soustre va plus loin dans sa réflexion: «La Suisse est très forte dans la recherche et le développement et la propriété intellectuelle. Par contre, elle peut faire mieux dans la commercialisation!» Dans les pistes évoquées, pourquoi, à l’image de la CTI qui s’occupe du transfert de technologies, le pays ne se doterait-il pas d’un office de soutien à la commercialisation?

La zone désertéepar les ventures capitalistes?Entre 1 et 3 millions de francs