En proie à une vive concurrence, Swisscom contre-attaque. Pour rester compétitif, l'opérateur de télécommunication a annoncé hier une restructuration. Le groupe va se transformer en une holding composée d'un ensemble de sociétés opérationnelles autonomes. Celles-ci, comme Bluewin, la division mobile, Debitel ou le réseau fixe, seront plus libres et gagneront en indépendance. La direction générale, elle, s'occupera principalement de gestion financière et stratégique. Cette restructuration entraîne le départ de Dominik Koechlin, actuel directeur de la division Strategy & International. Pour des raisons personnelles, il a décidé de démissionner au 1er janvier 2001.

La transformation se fera par étapes et devrait être achevée d'ici à la fin de l'an prochain. Le conseil d'administration a pris une première mesure et décidé de constituer la division mobile en une société anonyme distincte. Selon Swisscom, cette nouvelle structure devrait permettre aux sociétés opérationnelles de mieux se focaliser sur leurs segments de marché respectifs, de déterminer clairement les résultats de chaque activité et d'être plus flexibles. Le géant bleu espère de plus renforcer son attrait sur le marché des capitaux tant il est vrai que le cours de l'action n'a pas brillé ces derniers mois (voir le tableau).

Pour Johannes Borner, analyste à la Banque Pictet & Cie, cette restructuration est positive. «Plus une unité a de responsabilités, mieux elle travaille», note-t-il. Selon l'analyste, avec plusieurs sociétés indépendantes, Swisscom aura de plus davantage de flexibilité pour céder une participation à un partenaire.

Manœuvres en Italie

Parallèlement à cette restructuration, Swisscom a annoncé hier une réorientation de sa stratégie internationale. L'opérateur entend désormais se concentrer sur le marché de la téléphonie mobile. Conséquence: il va céder ses participations étrangères axées sur la téléphonie fixe. Ainsi, Swisscom a vendu les 50% qu'elle détenait dans Tesion à son copropriétaire Energie Baden-Würtemberg. Le prix de la transaction n'a pas été dévoilé. Le géant bleu prévoit également de céder ses parts dans l'entreprise alsacienne Estel. En Italie, il pourrait également céder la majorité de sa filiale (Swisscom Spa). Des négociations sont en cours, a indiqué Jens Alder. Swisscom garde en revanche sa participation majoritaire (50% plus une action) dans l'opérateur UTA Telekom, numéro deux sur le marché autrichien. Une entrée en Bourse est d'ailleurs actuellement à l'étude.

Johannes Borner approuve ces désinvestissements: «C'est une bonne décision car tôt ou tard Swisscom aurait dû se demander ce qu'elle allait faire de ces participations. De plus, c'est préférable de mettre cet argent dans des activités à forte croissance comme le mobile.» Dans ce domaine, Swisscom a de grandes ambitions. L'opérateur veut en effet devenir un des leaders européens des services de téléphonie mobile. Pour atteindre cet objectif, la stratégie du géant bleu repose essentiellement sur Debitel. L'entreprise allemande, dont Swisscom possède 74% du capital, s'est pourtant retirée il y a deux semaines de la course aux licences UMTS en Allemagne. Qu'à cela ne tienne. Elle est bien décidée à offrir ce genre de services à sa clientèle, en s'alliant à l'un des six groupes qui ont obtenu une telle licence. «Nous sommes actuellement en discussion», a confirmé Jens Alder. Debitel et ses 6,3 millions de clients attisent déjà les convoitises. Les rumeurs se sont d'ailleurs intensifiées ces derniers jours. Le PDG de l'opérateur allemand Mobilcom aurait ainsi déclaré que son groupe serait prêt à racheter Debitel. Cette déclaration a toutefois été démentie par les deux groupes. «Je ne vois pas Swisscom se défaire de son moteur de croissance, souligne un analyste. Une coopération est plus vraisemblable.» Debitel, présente aux Pays-Bas, en Belgique, au Danemark et en France, offre en outre à Swisscom l'opportunité de s'étendre dans d'autres pays européens.

Résultats à venir décevants

Ces changements ont été salués par les analystes. Mais l'action Swisscom n'a clôturé qu'en légère hausse (+0,4% à 520 francs). En effet, cette restructuration ne sera forcément pas suffisante pour redonner confiance aux investisseurs. La concurrence est rude et les résultats semestriels qui seront présentés mardi prochain risquent de décevoir. Si le chiffre d'affaires a augmenté en raison de la consolidation de Debitel, le bénéfice opérationnel a souffert de la forte concurrence sur le marché suisse et de la trop rapide baisse des prix, a déjà averti Jens Alder.