C’est une première: jamais Swisscom n’avait vu, sur un semestre, le nombre de ses clients en téléphonie mobile reculer. Sur les six premiers mois de l’année, l’opérateur a perdu 2000 clients, mettant fin à une croissance ininterrompue depuis plus de vingt ans. Jeudi, à l’occasion de la présentation de ses résultats semestriels, Urs Schaeppi, directeur de Swisscom, a été clair: il ne faut plus escompter de croissance dans ce secteur. L’opérateur mise sur de nouveaux marchés pour compenser ces pertes. Et il y parvient: sur les six premiers mois, son chiffre d’affaires a progressé de 0,2%, à 5,769 milliards de francs, le bénéfice progressant de 0,5% à 788 millions de francs.

Aujourd’hui, Swisscom commercialise 6,623 millions de raccordements en téléphonie mobile, en comptant tant les clients privés que les contrats pour les entreprises. Ce chiffre est certes en progression de 0,5% sur douze mois, mais en recul de 2000 unités sur les six derniers mois. Le deuxième trimestre a été positif (+8000 clients), mais n’a pu rattraper la perte du premier trimestre (-10 000 clients). Et la tendance ne sera a priori plus positive. «Jusqu’à présent, de nombreux clients achetaient par exemple une deuxième carte SIM pour connecter leur tablette au réseau mobile, expliquait jeudi Urs Schaeppi. Mais avec la généralisation des forfaits illimités pour smartphones, de plus en plus de gens partagent leur connexion entre les deux appareils».

Chaque abonné rapporte moins

Comme le relevait jeudi Bordier dans une note, «la saturation du marché se fait sentir sur l’évolution des abonnés». La banque relève que «la progression du nombre des abonnés mobiles passe essentiellement par les offres convergentes», soit celles combinant téléphonie mobile, fixe, accès à Internet et télévision. Le chiffre d’affaires lié aux contrats combinés a ainsi progressé de 12,6% en un an. Mais Swisscom n’arrive plus, avec ses abonnés mobiles, à gagner plus d’argent. L’indicateur ARPU (soit le revenu mensuel moyen par abonné) stagne depuis deux ans à 55 francs par mois, fléchissant même à 53 francs en ce début d’année.

«La pression sur les prix demeure intense et les frais de roaming (ndlr: itinérance) baissent sans cesse», a poursuivi Urs Schaeppi, tout en assurant que Swisscom possédait plusieurs relais de croissance, dont l’Internet des objets, pour lequel il édifie un réseau mobile parallèle. A noter, concernant le roaming, que Swisscom affirme perdre 100 millions de chiffre d’affaires par année. De plus, l’opérateur estime que les trois quarts du volume de données international n’a plus été facturé au deuxième trimestre, les clients utilisant les données incluses dans leur forfait.

Sunrise grand gagnant

Comment se comportent les concurrents? Sunrise, qui n’a pour l’heure publié que ses résultats pour le premier trimestre, a fait mieux. L’opérateur a gagné 18 000 clients avec abonnement en trois mois, alors que Swisscom en perdait 28 000 durant le même laps de temps. Sunrise, qui a simplifié et baissé ses tarifs, parvient sans doute à attirer des clients de son concurrent. Salt n’a pas publié de chiffre récemment. Au printemps, le blog spécialisé scal.ch publiait un comparatif intéressant sur le nombre de clients gagnés par les opérateurs de 2013 à 2015. Verdict: Swisscom a gagné 270 000 abonnés durant cette période, devant Sunrise (142 000) et Salt (22 000).

A noter que les câblo-opérateurs, en premier lieu UPC (qui utilise le réseau de Salt), progressent en téléphonie mobile. Ils ont gagné 20 000 clients au deuxième trimestre 2016. Mais ont aussi, en parallèle, perdu plusieurs dizaines de milliers de clients en télévision, au profit de Swisscom.


L’opérateur mise sur le hockey américain

Swisscom mise toujours sur le hockey sur glace. Au début de l’été, l’opérateur avait vu les droits pour le hockey suisse, à partir de la saison 2017-2018, et pour les cinq suivantes, être acquis par le câblo-opérateur UPC. Mais jeudi, Teleclub, qui appartient en partie à Swisscom, a annoncé avoir acquis les droits pour la NHL, le championnat nord-américain de hockey sur glace. Dès octobre 2016, Teleclub diffusera jusqu’à quatre matches de National Hockey League en direct par semaine, play-off inclus. Jeudi, Urs Schaeppi, directeur de Swisscom, a annoncé vouloir discuter avec UPC concernant les droits en Suisse, sans donner davantage de détails. Tout en relativisant: selon lui, les téléspectateurs suisses sont surtout intéressés par les championnats étrangers, que ce soit pour le football ou le hockey sur glace.


Lire aussi: