Technologie

Swisscom lance la 5G dans un climat électrique

L'opérateur a présenté mercredi à Zurich son plan de déploiement de cette nouvelle technologie, décriée par certains. Une version légère sera disponible pour 90% de la population d’ici à la fin de l’année

La 5G arrive. Et rien ne devrait s’opposer à son déploiement. Moins de vingt-quatre heures après la décision du canton de Vaud de décréter un moratoire sur la 5G, Swisscom a présenté mercredi son plan de couverture nationale avec cette technologie. L’opérateur veut aller vite: il compte couvrir, d’ici à la fin de l’année, 90% de la population. Lors d’une conférence organisée à Zurich, Swisscom a également présenté les premiers smartphones 5G qui seront lancés dans les prochaines semaines.

Mercredi, le but premier de Swisscom était de démontrer l’utilité de la 5G, que de nombreux citoyens redoutent pour des questions de santé. «Enfin nous pouvons vous montrer ce qu’apportera cette technologie, une véritable plateforme pour de nombreuses innovations», a vanté Urs Schaeppi, directeur de l’opérateur. Immédiatement, il a balayé les questions liées à la santé: «Pour moi, c’est du «déjà vu»: certaines personnes se posaient les mêmes questions pour la 3G. Et aucun risque pour la santé n’a été démontré.»

«Communiquer davantage»

En aparté, les responsables de Swisscom concèdent tout de même qu’il «faudra communiquer davantage sur les bienfaits de la 5G» pour désamorcer une opposition qui passe des citoyens au niveau politique. Selon un sondage commandé par l’opérateur, 47% des consommateurs sont curieux de voir ce qu’apportera la 5G, 30% ont un avis négatif et 18% sont neutres. Il y a donc du travail. Mais cela n’a rien d’exceptionnel, ont voulu assurer les responsables de l’opérateur. «Que ce soit pour la 2G, la 3G ou la 4G, il y a toujours eu des personnes enthousiastes et d’autres qui étaient sceptiques», a affirmé Dirk Wierzbitzki, responsable produits et marketing.

Lire aussi: 5G: après le moratoire vaudois, la tempête

Alors, à quoi servira la 5G? «Elle offrira immédiatement un débit plus important, un temps de réaction (latence) réduit et une meilleure couverture», a poursuivi Dirk Wierzbitzki, avant de donner des exemples concrets: «Que vous soyez à la gare de Lausanne à l’heure de pointe ou au milieu d’un stade pour un concert, vous serez assuré d’avoir un débit important. On sait aussi qu’un tiers des Suisses jouent régulièrement sur son téléphone: ils auront un temps de latence réduit, ce qui améliorera leur expérience.»

Une «5G light»

Et de nombreux services qu’utiliseront les Suisses avec la 5G ne sont pas encore connus, assure Swisscom. «La 3G a permis de créer une véritable explosion en matière d’innovation – sans elle, les smartphones ne seraient pas apparus – et je suis convaincu que ce sera la même chose avec la 5G», a martelé Urs Schaeppi.

Swisscom a précisé mercredi ses plans de couverture. L’opérateur estime que d’ici à la fin de l’année, 90% de la population aura accès à la 5G. Il s’agira en réalité d’une «5G light»: le débit maximal sera d’environ 1 Gbit/s, soit plus ou moins ce qu’offre la 4G+ actuelle. «Mais la 5G permettra immédiatement une meilleure couverture du territoire et les temps de latence seront drastiquement réduits», a assuré Christoph Aeschlimann, responsable des réseaux. Pour atteindre un débit d’environ 2 Gbit/s, il faudra attendre quelques mois supplémentaires. La raison est connue: dans les centres urbains, 90% des antennes ne permettent pas d’offrir un débit supplémentaire en raison des valeurs limites imposées par la Confédération.

Lire l'éditorial: La 5G, cocktail toxique d’erreurs et d’approximations

Avertissement

L’opérateur espère donc que ces valeurs limites soient modifiées ces prochains mois. «Il faut que les responsables politiques nous laissent déployer pleinement la 5G et utiliser son potentiel, a averti Urs Schaeppi. C’est important pour que la Suisse demeure à la pointe au niveau économique.» Mercredi, l’opérateur a surtout parlé des bienfaits de cette technologie pour les particuliers. Mais il a aussi insisté sur les retombées positives pour les entreprises, qui devraient voir leur productivité augmenter et leurs coûts baisser via une accélération de la numérisation de leurs activités.

Swisscom équipe actuellement ses antennes en 5G, mais ne les a pas encore activées. Il attend pour cela d’obtenir formellement sa licence de la part de l’Office fédéral de la communication. Contacté mercredi, celui-ci a indiqué que ce sera fait «vraisemblablement dans les prochaines semaines». Sunrise et Salt attendent eux aussi leurs concessions.

Lire également: 5G et santé: dix points pour comprendre

Avec le chinois Oppo

Les particuliers pourront goûter à la «5G light» dès le mois de mai, avec un premier smartphone lancé par Swisscom. Il s’agira du modèle Reno 5G du fabricant chinois Oppo, dont Swisscom n’avait jusqu’à présent jamais vendu de téléphones. L’opérateur a dû préciser mercredi qu'Oppo détenait 9% du marché des smartphones au niveau mondial, 20% dans son pays d’origine et que ses téléphones étaient distribués dans 40 pays. Le modèle Reno 5G coûtera 999 francs. Il sera suivi quelques jours plus tard du LG V50 ThinQ (1099 francs), qui possède deux écrans et se destine avant tout aux joueurs. Suivront le Samsung S10 5G en juillet (1279 francs) et le Mate X de Huawei à écran pliable au troisième trimestre, à 2499 francs.

Pour bénéficier de la 5G, il faudra donc acquérir l’un de ces appareils. Mais aussi souscrire un abonnement inOne de l’opérateur (dès 45 francs par mois). Pour obtenir le plein débit de la 5G (pas avant 2020 a priori), il faudra payer une option supplémentaire coûtant 10 francs mensuels.

Alors que Salt n’a pas encore dévoilé ses plans pour la 5G, Sunrise affirme avoir mis en service son réseau 5G – en utilisant pour cela des antennes tests – dans 150 localités, avec une couverture 5G comprise entre 80 et 98% de la population locale.

Publicité