Contrairement à son habitude, c'est lundi à18 h 15 et non tôt le matin que Swisscom, premier opérateur suisse et septième au niveau européen, a officialisé une réduction du «nombre de places de travail en Suisse de 600 unités, soit 4%» de ses effectifs. «La grande majorité des personnes concernées seront informées d'ici à fin janvier», précise Christian Neuhaus, porte-parole. Une restructuration «socialement et conjoncturellement inacceptable», s'indignent les syndicats.

Sont touchées Swisscom Systems (470 emplois) et Enterprise Solutions (380 postes), divisions actives dans la vente et l'installation de centrales et services télécoms aux entreprises, Swisscom IT Services, spécialisée dans les services informatiques aux entreprises (80 emplois), mais aussi Fixnet (200 postes, dont environ 80 chez Cablex, en charge de la construction et de la maintenance du réseau fixe). Swisscom envisage aussi d'externaliser la logistique de Fixnet, soit environ 60 emplois. Soixante autres seront enfin supprimés au siège central, «dont une partie externalisée», précise Christian Neuhaus. Zurich et Berne sont les plus touchés, ainsi que Genève, Saint-Gall et Bâle, mais «dans une moindre mesure».

L'addition de ces chiffres donne un total de 1250 postes, loin des 600 annoncés? «On n'a pas comptabilisé les postes externalisés, répond Christian Neuhaus. Et une partie de ces suppressions avait déjà été annoncée en août.» Cette baisse des effectifs s'inscrit dans le plan de restructuration dévoilé en mars 2000. L'opérateur avait annoncé vouloir supprimer 3000 emplois et en externaliser 3000 autres d'ici à la fin 2003. «Fin 2002, un peu moins de 2000 suppressions ont été réalisées», détaille Christian Neuhaus.

Si Swisscom prévoit pour l'exercice 2002 un bénéfice opérationnel de 4,4 milliards de francs et annonce un bénéfice net de 1,21 milliard pour les neuf premiers mois 2002, il estime qu'il doit «poursuivre l'adaptation de ses structures […] surtout dans le segment des clients commerciaux […], et ceci en raison de la mauvaise conjoncture et de la pression toujours aussi soutenue de la concurrence». Le groupe rappelle par ailleurs que «les interventions du régulateur, destinées à favoriser la concurrence, maintiennent la pression sur les prix et les coûts dans la téléphonie fixe, et entraînent la perte voulue de parts de marché. Dans le même temps, ces mesures empêchent toute croissance sur le marché national.»

Syndicats ulcérés

Comme annoncé dans la presse dominicale, la direction de Swisscom a rencontré le Syndicat de la communication, Transfair et l'organisation des cadres CASC lundi matin pendant trois heures. Contacté peu après, Christian Levrat, président du Syndicat de la communication, avoue son «pessimisme». Il annonce que son syndicat «a appelé ses membres à manifester à midi mardi à Genève, à Berne et à Zurich», et que la direction du syndicat tiendra conférence de presse à 10 heures à Berne. Suite à l'officialisation des mesures, Alain Carrupt, vice-président du syndicat, s'insurge: «En refusant de geler son plan, Swisscom aggrave la morosité économique actuelle. Il ne réfléchit qu'en terme de coût, sans considération sociale. Il n'assume pas non plus son rôle d'entreprise en mains de la Confédération, alors que celle-ci débat d'un possible plan de relance. Le groupe a les moyens financiers de traverser la crise actuelle, qui est conjoncturelle, sans sacrifier autant d'emplois. Il le peut! Il le doit!» Comme alternative, les syndicats ont notamment proposé une réduction de la durée du travail à 38 heures. Ils questionnent par ailleurs le fonctionnement interne de l'entreprise et critiquent certaines options stratégiques.

Syndicats et Swisscom pourraient-ils aboutir à un bras de fer, tel celui qu'a récemment connu La Poste? Fin stratège, Christian Levrat sourit: «Toutes les options sont ouvertes.» «Les syndicats doivent se rendre compte que le marché évolue, répond Christian Neuhaus. Nos parts de marché baissent. Nous devons absolument abaisser nos coûts. Il serait irresponsable de ne pas le faire. A nous de trouver un accord avec les syndicats. Je rappellerai que le montant du plan social actuel s'élève déjà à quelque 2 milliards de francs.»