La publication des résultats semestriels de Swisscom confirme tout ce que les analystes attendaient: l'opérateur national suisse, dont la Confédération détient encore deux tiers du capital, subit de plein fouet «l'effet ciseau» de la libéralisation du marché suisse de la téléphonie. D'un côté, son activité historique, la téléphonie fixe, a vu ses marges s'effondrer, passant de 32,4 à 18,2%, pour un chiffre d'affaires lui aussi en forte baisse. De l'autre côté, la croissance du mobile se paie de plus en plus cher: pour une augmentation de 20% de la clientèle, les charges d'exploitation ont crû de près de 40%, soit deux fois plus vite.

Et Swisscom d'avertir que son bénéfice opérationnel pour l'année entière sera en «recul considérable» par rapport à l'an dernier, «à cause d'une pression soutenue sur les marges». Un «profit warning» accueilli par une érosion de 2,69% en Bourse, le titre perdant 14 francs à 506. La populaire «action bleue» a perdu 21% depuis le début de l'année, accomplissant le plus mauvais parcours de l'indice SMI, qui réunit les principales capitalisations suisses.

Les perspectives sont moins bonnes que prévu, et les défis à relever se multiplient: Swisscom, qui doit faire face à 230 détenteurs de licences sur le fixe, espère se refaire un peu avec l'introduction de la technologie ADSL, qui permettra la diffusion à large bande sur les câbles en cuivre. Mais l'introduction de cette technologie implique des coûts importants. Même cas de figure avec l'acquisition d'une licence UMTS dans le mobile; en Suisse, les enchères débuteront en novembre (lire ci-dessus) et occasionneront probablement une dépense très importante. Dans le fixe, la pression s'accroît pour une libéralisation du «last mile». Enfin, les coûts d'acquisition de nouveaux clients sur le mobile, où Swisscom maintient un net leadership en Suisse (68% de parts de marché), vont continuer à croître, estiment les experts.

En chiffres, Swisscom a vu son résultat d'exploitation semestriel perdre 33,6% à 1,1 milliard de francs par rapport à la même période un an plus tôt. La téléphonie fixe est particulièrement touchée: le trafic national a lâché 250 millions (de 1,07 milliard en 1999 à 750 millions cette année), le trafic international plongeant de 270 millions, de 459 à 188 millions. Le chiffre d'affaires de la division a fondu de 22,4% à 2,1 milliards. Le tableau est tout autre pour le mobile, où le chiffre d'affaires gagne 20,4% à 1,36 milliard. 424 000 clients ont été engrangés en six mois. Mais cette croissance coûteuse, puisque l'opérateur rémunère les revendeurs en «sponsorisant» les appareils, a fait diminuer la marge opérationnelle, qui a passé de 48,1% à 40,4%.

Grâce à l'apport de Debitel (filiale mobile en Allemagne), qui amène 1,86 milliard de revenus, le chiffre d'affaires global de Swisscom a progressé d'un tiers au premier semestre 2000, à 6,9 milliards. L'opérateur allemand a gagné 1,3 million de clients en six mois, ce qui constitue la seule vraie bonne nouvelle de ce semestre pour Swisscom.