Les employés genevois ont eu la primeur de l'information qui leur a été donnée par leurs représentants syndicaux jeudi soir. Swisscom va réduire de 6000 postes sa force de travail: 3000 postes seront supprimés et 3000 autres seront externalisés. «Ces ordres de grandeur ne représentent qu'une base de travail, souligne Christian Neuhaus, porte-parole de Swisscom. Nous n'avons encore rien décidé. Nous allons entamer des négociations avec les partenaires sociaux. Le programme s'étalera jusqu'à 2003 et nous aurons un projet concret à présenter d'ici la fin de l'année.»

Un programme intitulé «fit for competition» a été mis en place au sein de l'entreprise. Ses employés s'attendaient à ce qu'un tel intitulé préfigure des réductions de coûts drastiques. Reste que l'annonce a fait l'effet d'un coup de massue. Le syndicat de la communication (SC) et Transfair ont révélé l'information aux employés de Genève réunis dans le cadre d'un tour de Suisse organisé pour présenter le contenu de la nouvelle Convention collective de travail (CCT) négociée avec la direction. «Lors de cette assemblée, la tension est montée très haut», signale Alain Carrupt, secrétaire central du SC, qui prévoit des mouvements sociaux en cas de difficultés pour la négociation d'un nouveau plan social. La Confédération, toujours propriétaire de 65,5% du capital de l'ex-régie fédérale, a affirmé qu'elle «regrettait» les intentions de Swisscom. Mais le Département de l'environnement, de l'énergie, des transports et le la communication (DETEC) a fait savoir que le gouvernement n'interviendrait pas.

Pour Alain Carrupt, la direction n'a révélé aucun élément permettant de justifier une réorganisation d'une telle ampleur. Les instances de SC, qui compte 8000 membres actifs au sein de Swisscom, craignent par ailleurs que l'externalisation ne se traduise par la délocalisation de certains services. «Dans le domaine des télécoms, il est facile d'installer des services comme les call centers en Irlande par exemple, où les charges sont plus faibles», estime notre interlocuteur.

Atmosphère viciée

L'entreprise n'a pas encore évoqué le cadre des activités qui pourraient être touchées par le changement de structure. Pour les syndicats cette incertitude, ajoutée à d'autres dans ce programme de rationalisation, vicie l'atmosphère de travail. Berne tentait vendredi d'amoindrir le choc. Le porte-parole du DETEC rappelait ainsi que jusqu'ici, «les emplois supprimés par Swisscom ont été compensés par des postes créés chez ses concurrents». Ce dernier annonçait qu'il «espérait qu'il en ira à nouveau de même, au moins partiellement». Ce qui fait bondir les syndicats: «La Confédération n'assume ni ses responsabilités sociales, ni les promesses faites à l'époque des PTT, s'agace Alain Carrupt. Les emplois créés dans la concurrence ne sont pas les emplois perdus chez Swisscom. Il y a d'énormes différences, notamment du fait que les nouveaux opérateurs offrent des postes plus précaires.» La nouvelle CCT, que négocient actuellement syndicats et Swisscom, doit mettre au point le changement de statut des employés. Alors que l'entreprise s'est transformée en société anonyme au 1er janvier 1998, les employés ont obtenu un gel de leur condition de fonctionnaire jusqu'au 31 décembre 2000. L'adoption de ce texte, qui n'a pas encore été signé, constituera un élément de pression pour chacune des parties dans les négociations qui vont s'engager pour définir les modalités d'un nouveau plan

social.