Télécoms

Swisscom ou la restructuration sans fin

L'opérateur va supprimer jusqu'à 700 postes de travail cette année, notamment via des licenciements. Le nombre de centres d'appels sera réduit et passera de 14 à 8. La Suisse romande est touchée. Et ces mesures vont se poursuivre pour 2017

«Dites-moi, qui ici possède encore un téléphone fixe à son domicile?». Urs Scheppi fait une pause, scrute l'assistance puis poursuit sa présentation. Rarement le directeur de Swisscom aura montré une telle pugnacité en public. Jeudi, lors de la présentation des résultats annuels du groupe à Zurich, Urs Schaeppi a pour une fois commencé par une longue présentation des risques qui menacent l'opérateur. Avec un but précis: faire passer les 700 suppressions de postes annoncées tôt dans la matinée comme inéluctables. Et ce n'est pas fini, l'opérateur avertissant que la restructuration s'annonce permanente.

Si Urs Schaeppi pose la question de la téléphonie fixe, c'est pour montrer l'accélération des cycles technologiques. «Nous devons désormais gérer trois technologies de téléphonie mobile en parallèle, préparer l'arrivée de la 5G et jongler avec plusieurs réseaux fixes en déployant la fibre. Pour un franc de chiffre d'affaire gagné, nous investissons 20 centimes», martèle le directeur. Et c'est pour continuer à financer ces investissements, qui se sont élevés à 2,4 milliards de francs en 2015, que l'opérateur a décidé de supprimer des postes.

Centre supprimé à Genève

Ainsi, 700 collaborateurs perdront leur emploi cette année. L'opérateur ne dit pas où et quelles divisions seront touchées. Il semble que ce seront avant tout des postes administratifs et techniques qui seront ciblés. «Nous mettrons tout en œuvre pour limiter le nombre de licenciements», a promis Urs Schaeppi. En parallèle, Swisscom lance une autre restructuration. D’ici fin 2016, il réduira le nombre de sites de ses centres d’appel de quatorze à huit, regroupant des employés sur un nombre réduit de sites. Celui de Genève va notamment disparaître et les employés (ils seraient une dizaine) se verront proposer un transfert à Lausanne. Swisscom veut externaliser davantage de prestations et négocie actuellement avec un prestataire. «Je ne peux pas vous dire son nom, mais ses employés sont basés en Suisse. Jamais nous n'aurons de centre d'appel à l'étranger», a promis Urs Schaeppi.

Les employés se verront proposer un plan social que l’opérateur qualifie lui-même de «supérieur à la moyenne suisse». Les syndicats, jeudi, ne se sont pas offusqué outre mesure de ces annonces. Par le passé, les syndicats avaient souvent salué la qualité des prestations offertes par l’opérateur à ses employés licenciés. Swisscom affirme que le plan social lui coûtera environ 70 millions de francs.

500 postes créés

En parallèle, avance l'opérateur, environ 500 postes seront créés dans des secteurs en croissance, tel celui de l'aide à la numérisation des entreprises. Le groupe compte 18 965 employés en Suisse.

La dernière restructuration d'envergure date de fin 2012, lorsque Swisscom annonçait la suppression de 400 postes, et la création de 300 nouveaux emplois. A l'époque, l'opérateur employait 16415 collaborateurs en Suisse, soit 2500 de moins qu'aujourd'hui. Depuis, Swisscom a accéléré le nombre de ses acquisitions, notamment en Suisse romande. Urs Schaeppi a averti, jeudi: l'opérateur va continuer à se restructurer pour relever le défi de la baisse des prix et d'une concurrence qu'il juge exacerbée.

Action en baisse

Jeudi, quasiment aucun analyste ne mentionnait les 700 postes biffés, préférant se concentrer sur les prévisions jugées conservatrices pour 2016. Mais, en début de semaine, la banque J. Safra Sarasin avertissait dans une note que «le marché suisse des télécoms semble devenir plus compétitif. Salt a réduit ses tarifs de manière agressive et Sunrise est devenu un concurrent plus important».

Concernant 2015, l’opérateur a fait état d’un chiffre d’affaires en baisse de 0,2% à 11,68 milliards de francs. Le bénéfice a quant à lui reculé de 20% à 1,36 milliard de francs, en très grande partie à cause d’éléments exceptionnels. A la bourse, l'action a perdu 2,91% à 487,90 francs.

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