Dans quelques années, Swisscom sera sans doute mieux connu comme diffuseur de chaînes de télévision et de films que comme opérateur. Le rachat, il y a deux mois (LT du 25.09.2004), de 49% de Cinetrade allait parfaitement dans ce sens. Pour un montant non divulgué, Swisscom s'emparait d'une cinquantaine de chaînes TV, dont les trois offres numériques de Teleclub, de droits sur des milliers de films, mais aussi de 38 salles de cinéma outre-Sarine. But de l'opération: acquérir un maximum de contenu pour le diffuser ensuite via Internet (ADSL), sur les téléphones mobiles (UMTS), mais aussi pour le revendre à des petits câblo-opérateurs. Le jour du rachat de Cinetrade, Cablecom, son plus grand concurrent sur ce marché, avait hurlé au quasi-monopole. Le câblo-opérateur a été entendu. Jeudi, la Commission de la concurrence (Comco) a annoncé l'ouverture d'une enquête approfondie concernant Swisscom.

Que soupçonne la Comco? «Nous nous intéressons surtout au marché de la télévision payante, précise Patrik Ducrey, directeur suppléant de la Commission. Avec Teleclub, Swisscom pourrait détenir une part de ce marché beaucoup plus grande que celle de Cablecom en Suisse alémanique. La situation est un peu différente en Suisse romande, où existe la concurrence de Canal + et d'autres programmes payants.»

Aujourd'hui, Cablecom a beau proposer une centaine de chaînes, dont environ quarante payantes, l'offre de Teleclub est de l'avis général plus attrayante. Avec des programmes tels Cinema, MGM, Discovery Channel ou Sport, Teleclub est un bouquet de valeur supérieure, et a déjà séduit plus de 80 000 Alémaniques. «Nous saluons l'ouverture de l'enquête par la Comco, déclare Stephan Howeg, porte-parole de Cablecom. Ce n'est pas parce que Swisscom dispose d'une puissance financière sans équivalent qu'il peut acheter les chaînes les plus intéressantes et les proposer à ses propres prix. Le contenu doit être accessible à tous, et j'espère que la décision de la Comco ira dans ce sens.» Un avis que partage Claudia Bolla-Vincenz, directrice de Swisscable, l'association faîtière de la branche: «Il y a une crainte de la part de nombreux câblo-opérateurs de ne plus avoir accès à certaines chaînes.» Stephan Howeg demande ainsi que Swisscom revende aux câblo-opérateurs les droits pour les chaînes achetées. De son côté, Christian Neuhaus, porte-parole de Swisscom, s'estime «surpris» par la décision de la Comco, mais ne souhaite pas faire de commentaire supplémentaire.

L'enquête de la Comco durera au maximum quatre mois. D'ici là, la Commission s'intéressera certainement aussi aux chaînes acquises en avril dernier par Swisscom, telles «13th Street» et «ScFi». «A ma connaissance, seul un câblo-opérateur a, depuis, loué les droits pour ces chaînes à Swisscom», avance Stephan Howeg. Selon lui, il s'agit là d'un premier exemple où des téléspectateurs peuvent être privés de programmes à cause de la stratégie de l'opérateur.