L’affaire Huawei rattrape Swisscom. Banni dans de plus en plus de pays, l’équipementier télécom chinois serait sur point de l’être officiellement en Italie. Du coup, Fastweb, filiale transalpine de l’opérateur suisse, ne pourrait plus se fournir en équipements 5G auprès de Huawei.

La nouvelle, repérée par le site spécialisé suisse ICTJournal, émane de l’agence Reuters. La semaine passée, celle-ci affirmait, citant trois sources proches du dossier, que le gouvernement italien avait notifié à Fastweb ce bannissement. Une décision prise par Rome jeudi soir, un mois après la visite en Italie de Mike Pompeo, secrétaire d’Etat américain. Celui-ci avait averti l’Italie que Huawei représentait une menace pour la sécurité du pays. Rappelons que les Etats-Unis accusent le groupe chinois d’espionnage à la solde de Pékin, sans toutefois fournir de preuves.

Opérateur en croissance

Selon une source citée par Reuters, le gouvernement italien a opposé son veto à un accord entre Fastweb et Huawei, demandant à la filiale de Swisscom de diversifier ses fournisseurs. Selon les plans initiaux, le groupe chinois serait le seul fournisseur de 5G pour Fastweb. Contacté mardi, l’opérateur italien n’a pas répondu à nos questions. En juillet, Telecom Italia, l’opérateur historique transalpin, aujourd’hui en mains privées, avait de lui-même exclu Huawei d’un appel d’offres pour son futur réseau 5G.

Actif tant sur le marché fixe que mobile, Fastweb comptait, fin 2019, 1,23 million de clients privés et 958 000 clients commerciaux. L’opérateur revendiquait, lors du deuxième trimestre 2020, 1,83 million de clients mobiles, un chiffre en progression de 18,1% sur un an. L’entreprise, qui emploie environ 2500 personnes, a réalisé lors du deuxième trimestre 2020 un chiffre d’affaires de 599 millions de francs. Son résultat net n’est pas divulgué. A titre de comparaison, le groupe Swisscom dans son entier a réalisé un chiffre d’affaires de 2,71 milliards de francs – la filiale italienne représente donc environ 22% de ses revenus.

Impossible de chiffrer le coût, pour Fastweb, d’un renoncement aux services de Huawei. L’opérateur italien est actuellement en phase de transition. Auparavant revendeur de services mobiles (MVNO) sur la base de réseaux d’autres opérateurs, Fastweb a acquis des fréquences pour posséder son propre réseau 5G et devenir ainsi indépendant. Si Fastweb devait démonter des antennes de Huawei, ce ne seraient a priori que des antennes de test – il ne lui faudrait pas démanteler un réseau entier.

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Feu vert en Suisse

Contacté, Swisscom n’a pas voulu faire de commentaire concernant Fastweb. Si l’opérateur suisse utilise Ericsson pour son réseau mobile domestique, il emploie par contre des équipements de Huawei pour son réseau fixe. Du côté de ses concurrents, Sunrise utilise Huawei pour l’entier de son réseau mobile, et Salt pour certains éléments de son réseau. La Confédération n’a émis aucune restriction concernant l’équipementier chinois. Mais d’autres pays européens, de la France au Royaume-Uni en passant par la Suède, ont décrété des restrictions plus ou moins sévères envers Huawei.