Les socialistes sont littéralement tombés sous le charme de Jens Alder. Répondant, mardi après-midi, à l'invitation du groupe parlementaire du PS, le patron de Swisscom a fait «une très forte impression», rapportent plusieurs témoins. Pourquoi cette lune de miel entre l'opérateur historique et la gauche, alors que, jusqu'à aujourd'hui, leurs relations étaient plutôt tendues en raison des suppressions d'emplois menées par Swisscom depuis sa privatisation?

Jens Alder et le PS sont forcés d'admettre qu'ils se retrouvent ensemble contre le dégroupage du dernier kilomètre. Le Conseil fédéral, lui, a déjà annoncé qu'il entendait imposer à Swisscom la levée de cet ultime monopole et le parlement devrait se pencher sur la révision de la loi sur les télécommunications en décembre. Si une majorité devait soutenir l'ouverture du marché – ce qui n'est pas encore joué –, les socialistes ont déjà averti qu'ils lanceraient un référendum.

Tout le jeu de Jens Alder consistait à rassurer suffisamment les élus du PS à propos de l'engagement social de son entreprise afin de rendre une telle alliance acceptable par tous, même pour les représentants de la gauche syndicale. Il y est apparemment parvenu. «Certains sont même restés scotchés devant l'exemplarité de son plan social», raconte un socialiste. Bien qu'il reste critique à de nombreux égards, le Vaudois Pierre-Yves Maillard admet lui aussi que le patron de Swisscom «n'est pas un ultralibéral borné». Et, comme d'autres, il peut imaginer une «alliance objective» entre son parti et Swisscom. «Pour une fois, ironise-t-il, l'argent serait du côté de la gauche.»

Reste que si un tel soutien devait se concrétiser, la droite et economiesuisse ne manqueraient certainement pas de poignarder Swisscom dans le dos, en avançant le fait que celui-ci appartient majoritairement à la Confédération. Prudent, Jens Alder a toutefois assuré à la sortie de son audition que son entreprise ne «soutiendrait jamais financièrement une campagne politique». Chez Swisscom, susurre-t-on dans l'entourage de la direction générale, on songe déjà à soutenir le PS indirectement…

– Swisscom Systems externalise les interventions sur les petites installations. Prévoyant de supprimer 110 postes dans ce secteur, la filiale de Swisscom spécialisée dans les centraux téléphoniques privés encourage son personnel à se mettre à son compte. (ATS)