Swisscom veut faire entrer en Bourse sa division mobile. «Nous réfléchissons sérieusement à cette éventualité», a indiqué hier Markus Rauh, président du conseil d'administration. Mais le calendrier n'est pas fixé et un projet plus détaillé pourrait être présenté cet été aux actionnaires.

Leader sur le marché suisse de la téléphonie mobile, avec près de 2,5 millions de clients, Swisscom n'entend pas lâcher cet os profitable, fer de lance de sa croissance. Cette année, une troisième génération de téléphones mobiles sera introduite avec le système UMTS (Universal Mobile Telephone System). Mais l'acquisition d'une telle licence et la mise sur pied de l'infrastructure nécessaire coûtent cher. Swisscom en veut pour preuve ce qui se passe en Angleterre où cinq licences UMTS sont actuellement mises aux enchères. Hier, le meilleur prix se situait autour des 5 milliards de livres (13 milliards de francs). Swisscom, qui va se mettre sur les rangs pour acquérir une licence UMTS en Suisse et en Allemagne, doit dès lors se procurer des moyens financiers importants.

Dans cette optique, l'opérateur a déjà annoncé qu'il mettra sur le marché, normalement au deuxième semestre, sa filiale Internet Blue Window. Swisscom restera toutefois actionnaire majoritaire, ce qu'il envisage également pour sa division mobile. L'an dernier, Blue Window a connu un développement fulgurant, s'est réjoui Jens Alder, patron de Swisscom. En un an, la clientèle a plus que doublé. Actuellement, Blue Window compte 450 000 clients et s'est récemment allié avec TA-Media et Bol Suisse, l'entreprise de commerce électronique de Bertelsmann. En Europe, plusieurs opérateurs ont déjà mis en Bourse leur filiale Internet ou sont en passe de le faire. T-Online, filiale de Deutsche Telekom, sera cotée dès lundi. Par contre, seule Telecom Italia a déjà sa division mobile en Bourse. L'espagnole Telefonica est en train de réunir sous un même toit toutes ses filiales «mobile» dans la même optique.

Un développement très important

«La mise sur le marché de la division mobile de Swisscom ne devrait pas changer la valeur de l'opérateur, mais elle permettra aux investisseurs de participer directement à la croissance de la téléphonie mobile», souligne un analyste. Il estime par ailleurs qu'il faudra entre neuf à douze mois pour préparer l'unité à une entrée en Bourse.

Pour Swisscom, le développement des activités mobiles est très important. L'an dernier, la libéralisation du marché des télécommunications a déployé ses effets et entraîné un durcissement de la concurrence, un effondrement des prix et une érosion des bénéfices. En 1999, le bénéfice opérationnel a ainsi reculé de 4% à 2,74 milliards de francs (lire LT du 23 mars), la forte croissance dans la communication mobile n'ayant pas réussi à compenser le recul enregistré dans la communication fixe. Et si le bénéfice net a bondi de 54% à 2,4 milliards, c'est grâce aux recettes extraordinaires des sociétés associées.

Cette année, Swisscom s'attend à un nouveau recul du bénéfice opérationnel. Le chiffre d'affaires devrait progresser sensiblement grâce à la consolidation de Debitel, l'entreprise allemande de téléphonie mobile dont Swisscom a acquis en automne dernier 74% du capital. L'opérateur table par ailleurs sur une nouvelle augmentation du bénéfice net grâce à des opérations extraordinaires telles que la vente de la participation dans Cablecom qui devrait rapporter 1,3 milliard de francs et la réalisation d'une partie du parc immobilier.

Si l'entrée en Bourse des divisions de Swisscom est une bonne solution pour avoir accès au capital, elle ne résout toutefois pas ses problèmes de taille. A l'instar de Swissair, l'entreprise helvétique est bien petite dans l'environnement européen. «Swisscom a besoin d'un partenariat puissant», indique un analyste. Ce n'est pas Markus Rauh qui dira le contraire. Jeudi, il a vivement attaqué la loi sur l'entreprise de télécommunications (LET). Celle-ci, qui prévoit une participation majoritaire de la Confédération dans Swisscom, a en effet le don d'agacer les dirigeants de l'opérateur qui réclament purement et simplement son abrogation.

Une proposition que rejette avec véhémence le Syndicat de la Communication. Mais, relève le président du conseil d'administration, «au train où avance la consolidation du secteur, il est peu probable que Swisscom puisse tirer son épingle du jeu en restant indépendante. Or, il est vital que nous disposions d'une marge de manœuvre suffisante pour pouvoir nous associer assez tôt avec des partenaires compétents.»