«Ces suppressions d'emplois entrent dans le cadre de ce qui a été déterminé en mars 2000. Il s'agit d'une affaire décidée.» A l'image de son porte-parole, Christian Neuhaus, Swisscom semblait mardi soir peu enclin à des concessions face aux syndicats. Des syndicats qui, en réponse à l'annonce de la suppression de 1250 emplois (lire Le Temps d'hier) ont mobilisé mardi environ 1000 employés de l'opérateur à Genève, Berne, Zurich et au Tessin. Une démonstration de force que le Syndicat de la communication présente comme un prélude à des actions plus dures si Swisscom n'infléchit pas sa position. «Si Swisscom veut l'escalade, nous sommes prêts à la lui fournir», affirme Christian Levrat, président du Syndicat de la communication.

La mobilisation a été la plus forte à Genève, où quelque 300 employés ont défilé dans les rues, alors que seul un rassemblement avait été initialement prévu. Et c'est à Genève qu'ont raisonné des appels à la grève. «On n'en est pas encore là, tempère Christian Levrat. Mais j'ai été surpris par la colère exprimée par le personnel, et je suis très content que nous ayons pu mobiliser un millier d'employés en quelques heures.» «Il s'agit d'un signal clair et d'un premier avertissement, renchérit Alain Carrupt, vice-président du syndicat. De nouvelles actions, plus dures, pourront être décidées lors d'assemblées du personnel.»

Le syndicat veut que Swisscom accepte d'ouvrir des discussions, ce qui ne semble pas gagné. «Nous avons tenté de nous expliquer lundi, mais les dirigeants ont refusé de nous écouter», déplore Christian Levrat. Le syndicat veut que l'opérateur gèle ces suppressions d'emplois et entre en matière sur la réduction du temps de travail hebdomadaire de 40 à 38 heures. «Swisscom a déjà fait un effort lundi en édictant une directive limitant les heures supplémentaires, mais ce n'est de loin pas suffisant», poursuit Christian Levrat. De son côté, le porte-parole de l'opérateur affirme sobrement que «Swisscom est prêt à négocier dans le cadre de ce qui est négociable».

Concernant la réduction du temps de travail, Swisscom avait mené une expérience pilote en 2000 en Suisse romande en proposant à 150 employés de concéder 5% de leur salaire contre le passage aux 36 heures. Dix-huit mois plus tard, l'opérateur avait stoppé net l'expérience. «Le but était de réduire les coûts, or l'inverse s'est produit», explique Christian Neuhaus. Des propos qui font bondir le président du syndicat. «La productivité avait augmenté, les employés avaient été très satisfaits, et la hausse des coûts avait été minime. Entre les mains de la Confédération, Swisscom doit être un employeur modèle», martèle Christian Levrat.

Face à la détermination de Swisscom de mener à bien sa restructuration, le syndicat a-t-il une chance d'infléchir la position de l'opérateur? En juin dernier, le géant bleu avait décidé la fermeture, pour fin 2002, de plusieurs centraux téléphoniques, provoquant une forte mobilisation, notamment à Fribourg. «Nous avions alors repoussé la fermeture de certains centraux à août 2003», note le porte-parole de Swisscom. «Et nous avions surtout obtenu que les employés touchés bénéficient du plan social!», s'exclame Christian Levrat.

Syndicat et représentants de l'opérateur pourraient de toute façon bientôt se retrouver autour d'une table pour négocier la convention collective qui entrera en vigueur en janvier 2004. Le syndicat avait récemment quitté les discussions face au refus de Swisscom de négocier un accord unique pour l'ensemble du groupe.