Lancée le 25 juin, l’application de traçage des contacts, destinée à lutter contre la propagation du virus, est de moins en moins utilisée en Suisse. C’est ce qu’indiquent les derniers chiffres communiqués par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Cette tendance, qui s’observe depuis quelques jours, ne dit rien de la suite. Mais saisissons cette occasion pour nous interroger sur les méthodes de calcul de l’OFSP ainsi que sur les motivations de celles et ceux qui ne veulent plus, ou pas, installer une app pourtant quasi unanimement saluée pour son utilité et son respect de la vie privée.

Le 11 juillet – dernier jour pour lequel un chiffre a été communiqué –, l’application était activée sur 959 815 téléphones, selon un décompte de l’OFSP. Le nombre d’utilisateurs ne progresse plus. C’est même le contraire: il régresse. Entre le 10 et le 11 juillet, il y a eu une perte de 27 600 téléphones activés. Entre le 9 et le 10 juillet, il y a eu 23 600 téléphones activés en moins. Entre le 8 et le 9 juillet, ce recul se montait à 6400 unités. Les jours précédents, le nombre de téléphones sur lesquels l’application était activée se situait légèrement au-dessus du million, avec de petites variations, à la baisse et à la hausse.

12% de la population

On est donc très loin des débuts, avec plus de 560 000 activations le premier jour, 180 000 le deuxième et 60 000 le troisième. «Si nous dépassons les 2 millions d’applications actives, je serai content», avait récemment déclaré un haut responsable de l’OFSP. Il semble désormais difficile d’exaucer son souhait, avec environ 12% de la population qui utilise actuellement cette application.

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Comment l’OFSP compte-t-elle le nombre d’activations? «Nous supposons qu’un téléphone est actif 24 heures sur 24 pour la méthode de mesure utilisée. Pendant ce temps, l’application effectue des requêtes automatiques avec le système de traçage de proximité pour mettre à jour les données de configuration. A partir de ces requêtes, le nombre d’applications actives par jour est calculé», détaille un porte-parole de l’OFSP. Cela signifie que «si un téléphone n’est pas actif 24 heures sur 24, le nombre de requêtes diminue, ce qui se reflète dans le nombre d’utilisateurs actifs, poursuit-il. L’activation ou la désactivation de Bluetooth n’a aucun effet sur les interrogations automatiques.»

Décompte strict

Il suffirait donc d’éteindre son téléphone quelques heures ou de le mettre en mode avion – la nuit, par exemple – pour ne plus être comptabilisé comme utilisateur actif. «Nous calculons de manière conservatrice le nombre d’applications actives», admet l’OFSP.

Un décompte très strict, donc, pour une tendance qui est de toute façon négative. SwissCovid est moins utilisée. Et de nombreuses personnes qui ont installé l’application sur leur smartphone ne l’emploient pas: plus de 1,6 million de Suisses au total l’ont téléchargée, mais 60% seulement sont des utilisateurs actifs.

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Chaque utilisateur compte

Est-ce grave? Non, l’OFSP affirmant que même si elle aimerait un taux d’utilisation plus important, chaque utilisateur compte. Depuis le lancement de l’app, plus de 900 personnes ont été testées positives au virus en Suisse. Sur ce chiffre, plus de 40 avaient activé l’application. L’OFSP a récemment donné une autre indication. Une quarantaine de codes ont été donnés à ces personnes testées positives et une trentaine d’entre elles ont inscrit le code dans l’app, permettant d’alerter des personnes croisées de manière rapprochée les jours précédents. Vu le système décentralisé de SwissCovid, il est impossible pour les autorités de connaître le nombre de personnes ainsi alertées.

Pourquoi l’app n’est-elle pas davantage installée, activée et utilisée en cas de test positif? La semaine passée, un sondage effectué par Comparis indiquait que 56% de la population suisse n’entendait pas installer SwissCovid. Le taux de refus le plus élevé s’observe chez les plus de 60 ans, où il atteint 63,6%. Les raisons invoquées: des sondés estiment que l’app est inutile et ne respecte pas la protection de leurs données. «L’ignorance du fonctionnement de l’application et du niveau de sécurité qu’elle présente est un obstacle majeur. Il est urgent que la Confédération les explique mieux», affirme Comparis.

Rappelons que SwissCovid ne localise jamais les utilisateurs et qu’elle garantit leur anonymat. Par ailleurs, un cinquième des téléphones utilisés en Suisse sont trop anciens pour faire tourner l’app.