Electricité

Swissgrid paie deux patrons en même temps

Le propriétaire et gestionnaire du réseau électrique à haute tension boucle l’année 2015 avec un bénéfice brut de 153,4 millions de francs. Le dividende bondit de 65%

Société privée ou entreprise publique? Le statut de Swissgrid, simple gestionnaire des autoroutes électriques du pays (6700 kilomètres) avant de les racheter ces dernières années aux grossistes en électricité (Axpo, Alpiq, FMB, EWZ), est ambigu.

Les comptes 2015, présentés mercredi à Zurich, révèlent un mélange entre gestion privée, en ce qui concerne les bonus offerts à la direction ou la politique d’investissement, et gestion publique, avec des coûts totalement reportés sur le consommateur final, vérifiés par la commission de l’électricité (Elcom) avec des années de retard et qui donnent lieu à des conflits juridiques sans fin.

Cette contestation des coûts imputables aboutit à un risque financier supplémentaire de 165 millions de francs pour Swissgrid. La société, qui s’apprête a supprimé 40 emplois sur 442, a constitué une provision de 3,9 millions de francs pour couvrir les frais de procédures judiciaires.

Le bénéfice brut (EBIT) est le résultat d’un calcul fixe déterminé par la loi qui prend en compte des actifs dits réglementaires multipliés par un coût moyen pondéré du capital, chiffre théorique appelé WACC dans le jargon des électriciens. Le taux d’intérêt WACC, actuellement de 4,7%, sera réduit à 3,8% en 2017.

Le modèle commercial de Swissgrid, sans marge de manœuvre, aboutit en 2015 à une augmentation du bénéfice brut de 8,5%, à 153 millions de francs, et à une progression du bénéfice net de 9,3%, à 88 millions. Le chiffre d’affaires net, en hausse de 3,2% à 837,7 millions est lui aussi non contrôlable par la société puisqu’il s’agit principalement de la rémunération fixe pour l’utilisation du réseau à haute tension versée par le consommateur final via les kWh utilisés.

Les actionnaires de la société Swissgrid, dont plusieurs sont en conflit juridique avec elle ou entre eux, sont les grossistes en électricité. Dans le rapport de gestion 2015 Alpiq figure en tant que propriétaire de 30,5% du capital. En réalité, Alpiq a mis en vente sa participation dont elle a pensé tirer 557 millions de francs.

L’affaire n’est toujours pas conclue car les Forces motrices bernoises (FMB), autre actionnaire de Swissgrid, contestent la cession des actions d’Alpiq à l’entité Sireso constituée avec l’appui politique des cantons romands pour défendre les intérêts de la région lémanique dans Swissgrid.

Adrian Bult, président du conseil d’administration de Swissgrid, est sur la défensive. «Nous ne nous prononçons pas sur l’actionnariat», a-t-il déclaré mercredi en réponse à une question.

Les actionnaires de Swissgrid sont aussi en conflit indirect avec cette société car il exige d’être mieux dédommagés pour les réseaux dont ils étaient propriétaires et qu’ils ont dû vendre. La valeur du réseau au bilan de Swissgrid se monte à 2,4 milliards de francs. Le dossier est monté jusqu’au Tribunal fédéral avant de revenir à l’Elcom qui n’a toujours pas tranché. Jusqu’à 180 millions de francs pourraient devoir être payés.

Malgré ces conflits, les actionnaires se voient offrir un dividende en hausse de 65% qui représente un taux de rémunération de 6,86%, nettement au-dessus du marché. 21,5 millions de francs seront distribués à ces sociétés en mains publiques.

Swissgrid a également décidé de payer deux patrons en même temps. Pierre-Alain Graf, qui a quitté l’entreprise de son plein gré en septembre 2015, touchera son salaire jusqu’au 30 septembre 2016. Yves Zumwald l’a remplacé provisoirement l’an dernier avant d’être nommé directeur général à partir de mars 2016. La facture salariale des quatre membres de la direction a augmenté de 23,5% l’an dernier pour atteindre 3,2 millions de francs. Celui du «membre de la direction le mieux rémunéré» bondit de 61,5%, à 1,26 million.

La situation étant revenue normale au niveau du taux de remplissage des barrages hydroélectriques, Swissgrid a décidé de lever l’alerte émise en décembre en raison d’un approvisionnement serré en électricité. Swissgrid ne possède pas de barrages et doit négocier avec les producteurs pour pouvoir soulager le réseau et empêcher un «black-out» en cas de gros imprévu. «Je ne pense pas que nous devrions nous intéresser à un tel investissement», souligne Yves Zumwald, en pensant aux ouvrages qu’Alpiq met en vente.

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