Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Les promoteurs de SwissID espèrent une croissante constante du nombre d'entreprises partenaires.
© LUKAS LEHMANN / KEYSTONE

Technologie

SwissID, SuisseID, SwissPass: un match étrange débute

La Poste et les CFF ont présenté mardi un service d’identification numérique unique en Suisse. Il fera face à plusieurs systèmes parallèles

A première vue, c’est simple et parfait. Une internaute qui effectue aisément ses achats en ligne via son smartphone depuis un tram. Un homme qui fait de même depuis son salon. Et à la fin du film promotionnel, un couple main dans la main dans une prairie. Mardi à Berne, La Poste et les CFF ont présenté le futur service SwissID, destiné à faciliter la vie des internautes. Ils n’auront qu’à utiliser un identifiant et un mot de passe uniques pour se connecter au site web d’une banque, d’une assurance ou d’un site de vente en ligne. En pratique, un risque de confusion existe: il y a déjà la concurrence de SuisseID (promu par La Poste, Swisscom et la Confédération), de SwissPass (CFF), du projet similaire de Swisscom, Credit Suisse et UBS et enfin de Mobile ID (Swisscom).

SwissID est destiné à se substituer à tous les logins et mots de passe. L’utilisateur ne devra se souvenir que d’un identifiant et d’un mot de passe, qui pourra être très complexe. Il n’y aura aucun support physique (lecteur de carte ou clé USB) à acquérir. A terme, des systèmes d’authentification à deux facteurs (par SMS, par exemple) seront possibles. Les responsables n’ont pas dit ce que risquait un internaute qui se ferait dérober son identité numérique. Et n’est-il pas dangereux de créer une société stockant autant de données sensibles? «Nous respecterons les meilleurs standards en matière de sécurité», a répondu Markus Naef, directeur de SwissSign, société basée à Glattbrugg (ZH), chargée de développer SwissID, et que possèdent à parts égales les CFF et La Poste.

Pas de revente de données

Ce sera à l’internaute de décider quelles données il confie à SwissID. Juste son nom et son adresse. Mais aussi son numéro de téléphone ou ses coordonnées de carte de crédit. «L’internaute maîtrisera tout, il décidera quel service aura accès à quelles données, a martelé Markus Naef. Il est exclu que nous fassions le moindre usage commercial de ces données.»

Les clients de La Poste pourront utiliser ce service dès septembre 2017, ceux des CFF dès 2018. Ensuite, l’idée est de faire adhérer un maximum d’entreprises et d’institutions suisses pour qu’elles acceptent SwissID sur leur site. A eux seuls, les CFF et La Poste revendiquent 4 millions de clients. Une poignée de banques, d’autorités cantonales ou d’assurances devraient signer en 2018. Le but est d’atteindre le chiffre de 100 partenaires en 2019, puis 400 en 2020 et plus de 1000 en 2021. Le service sera gratuit pour les utilisateurs et payant – on ne sait pas encore de quelle manière – pour les entreprises. A terme, SwissID pourrait être ouvert à des entreprises étrangères, mais aucun calendrier n’a été présenté.

Plusieurs problèmes

En pratique, SwissID se heurtera à plusieurs problèmes. Ses promoteurs feront face au projet en tout point similaire que développent Swisscom, UBS et Credit Suisse. Mardi, les responsables de La Poste et des CFF ont murmuré qu’il fallait une solution unique en Suisse et que des discussions étaient en cours. Il est donc possible que les deux services fusionnent. Exactement comme les applications Twint et Paymit sur le marché des paiements mobiles.

Il y a aussi le souci causé par SuisseID (écrit en français). Le service d’identification unique, promu notamment par la Confédération et… La Poste, est de l’avis général un échec. Peu connu, comptant 100 000 utilisateurs et en partie payant, SuisseID ne décolle pas. Ses responsables ont envoyé mardi un communiqué affirmant que rien n’allait changer pour leurs clients, mais que des décisions allaient être prises lors d’une réunion le 22 juin prochain. L’on comprenait mardi à Berne que SwissID et SuisseID vont très certainement fusionner à terme, mais pas tout de suite: les deux existeront en parallèle pendant plusieurs mois, voire plusieurs années.

Remplacer des badges?

Il est également possible que SwissID fusionne avec SwissPass, l’abonnement numérique proposé par les CFF. Là encore, aucune information précise n’a filtré lors de la conférence organisée mardi à Berne.

A long terme, les responsables de SwissSign sont ambitieux. «SwissID pourrait, sous une nouvelle forme, permettre de remplacer les badges d’accès dans les entreprises, a affirmé Marcel Dobler, membre du conseil d’administration de la société. Imaginez aussi le temps et l’énergie économisés en utilisant SwissID plutôt que d’attendre de recevoir par écrit un contrat d’assurance, de le signer et de le renvoyer par courrier…»


Critiques

Cette nouvelle identité numérique détenue par des firmes privées n’a pas manqué de faire réagir. L’identité en ligne des utilisateurs doit être une affaire de l’Etat. Elle ne doit pas être déléguée en des mains privées, même pour des raisons de coûts trop élevés pour la Confédération, s’inquiète l’organisation alémanique de défense des consommateurs SKS dans un communiqué.

Il est douteux que des entreprises tournées vers le profit comme la Poste et les CFF gagnent à long terme la confiance des consommateurs, poursuit la SKS. Surtout que la concurrence frappe déjà à la porte. L’identité numérique sera assujettie aux intérêts du marché.

Or, cela pose des questions, si cette identité numérique est ensuite élargie non seulement au shopping en ligne mais aussi à des actes citoyens comme les votations, la gestion des impôts ou des données privées de santé.

De plus, une révision de la loi sur la protection des données est en cours. Elle a reçu de nombreuses critiques en consultation, notamment de la gauche et de la Fédération romande des consommateurs. La Poste et les CFF lancent leur produit avant même que le processus politique soit abouti, critique encore la SKS. (ATS)

Lire aussi: Une guerre des identifiants numériques débute en Suisse

Publicité
Publicité

La dernière vidéo economie

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

Candidate au prix SUD de la start-up durable organisé par «Le Temps», la société Oculight est une spin-off de l’EPFL qui propose des aides à la décision dans l’architecture et la construction, aménagement des façades, ouvertures en toitures, choix du mobilier, aménagement des pièces, pour une utilisation intelligente de la lumière naturelle. Interview de sa cofondatrice Marilyne Andersen

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

n/a
© Gabioud Simon (gam)