La Suisse va apporter sa contribution à la lutte contre la dissémination de fausses nouvelles via Internet. Depuis janvier 2014, Swissinfo, média appartenant à la SSR, collabore à un projet européen visant à détecter la désinformation circulant sur les réseaux sociaux. Baptisé «Pheme» (du nom de la déesse grecque de la rumeur), ce projet de recherche associe neuf partenaires au total: l’Université de Sheffield, celle de Warwick, le King’s College de Londres, les universités de la Sarre en Allemagne et Modul à Vienne, ainsi que quatre entreprises et médias: Atos en Espagne, iHub au Kenya, Ontotext en Bulgarie et Swissinfo.ch.

Le but est de poser une sorte de sonde virtuelle dans les réseaux sociaux pour catégoriser les propos tenus en fonction de leur véracité. L’idée de ce projet était apparue après les émeutes survenues en 2011 à Londres – des rumeurs à propos d’animaux libérés de zoos avaient entre autres circulé sur Internet. «Swissinfo a été notamment choisie pour travailler sur ce projet car nous diffusons nos informations en dix langues, explique Geraldine Wong Sak Hoi, responsable du projet côté suisse. Un logiciel est en train d’être créé pour aider nos journalistes lorsqu’ils se trouvent en présence d’informations douteuses relayées par les réseaux sociaux. Le but est de mesurer leur degré de crédibilité, mais aussi de détecter la source de l’information.»

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Ne pas remplacer l’humain

Geraldine Wong Sak Hoi le précise immédiatement, il ne s’agit pas de se substituer au travail de base du journaliste. «Les algorithmes ne vont pas remplacer l’humain, qui reste le mieux à même d’évaluer la pertinence d’une information. Mais le logiciel peut lui fournir une aide. Pour cela, avec nos partenaires, nous nourrissons le logiciel d’un nombre considérable de données pour qu’il s’améliore.» Le projet Pheme se base ainsi sur du «machine learning», au cœur par ailleurs des activités notamment de Google: il s’agit d’améliorer un système en le faisant travailler sans cesse avec un maximum de données. Pheme travaille avant tout avec les données de Twitter, qui sont les plus accessibles. Celles de Facebook sont un peu plus difficiles à exploiter.

80% de fiabilité

Pour l’heure, le logiciel de Pheme est encore un prototype. «Nous ne cessons de le tester et de renvoyer nos commentaires à nos partenaires pour améliorer sa fiabilité, poursuit Geraldine Wong Sak Hoi. Nous devrions pouvoir proposer une première version en mars. Si elle est jugée suffisamment fiable, nous pourrions mettre à la disposition de tout le monde les technologies qui la composent ainsi que toutes les données sur les rumeurs que l’on a recueillies au cours du projet.» Selon Geraldine Wong Sak Hoi, le taux de fiabilité du système est actuellement de 75 à 80%.