SwissLeaks: l’ancien patron de HSBC Peter Braunwalder reste invisible

Portrait Le Bernois a dirigé l’entité suisse de la banque entre 2002 et 2008

Alors qu’une enquête a été ouverte contre HSBC à Genève, il pourrait devoir s’expliquer prochainement

Mais où est donc Peter Braun­walder? Dans son chalet de Rougemont? A Berne? En Grande-Bretagne? Impossible de le savoir. Alors que les patrons du groupe HSBC ont été sommés de s’expliquer devant un comité parlementaire britannique suite aux révélations «SwissLeaks» qui ont touché la banque, celui qui dirigeait la filiale suisse au moment des faits, directement mise en cause, demeure absent. Le Temps a longuement essayé – par l’intermédiaire de personnes le connaissant bien – de lui donner la possibilité de s’exprimer publiquement. En vain.

Aujourd’hui âgé de 64 ans, le Bernois, qui a quitté HSBC en 2008, pourrait toutefois être amené à sortir prochainement de son silence. Alors qu’une enquête pénale a été ouverte mi-février à Genève contre la banque et contre inconnu pour «blanchiment d’argent aggravé», il pourrait en effet être appelé à s’expliquer devant la justice.

Dans les listes de clients volées à HSBC par l’ancien informaticien Hervé Falciani, que Le Temps a pu consulter dans le cadre de l’opération «SwissLeaks», le nom de Peter Braunwalder apparaît une dizaine de fois. La plupart du temps il s’agit de clients mécontents qui demandent à leur gérant de pouvoir lui parler, voire de le rencontrer, afin de régler un problème. Comme cette Française qui, en novembre 2005, se plaint «du mauvais conseil de […] qui lui aurait fait perdre 90% de ses placements sur trois titres». Jamais toutefois il n’est question d’argent caché ou de comptes non déclarés.

Un banquier l’ayant côtoyé à l’époque décrit Peter Braunwalder comme un «vrai banquier privé des années 1980-1990», quand les comptes «offshore» étaient légion et que l’on ne se préoccupait guère de savoir si l’argent des clients était fiscalement déclaré ou non. «Peter est un pur produit de l’Union de Banques Suisses», précise-t-il encore. Quand la fusion avec la Société de Banque Suisse a donné naissance à UBS en 1998, Peter Braunwalder s’est retrouvé à la tête des activités de banques privées en Europe du Nord de la nouvelle entité. Et plus particulièrement au Royaume-Uni, pays qu’il connaissait bien pour avoir vécu des années à Londres après être passé par le Japon.

Rapidement cependant, le Bernois se serait senti à l’étroit dans ses nouvelles responsabilités. «C’est un homme qui aimait être dans la lumière», poursuit notre source. A la surprise générale, il quitte UBS en 2002 pour prendre la tête deHSBC Private Bank (Suisse). «Tout le monde l’a pris pour un fou», se souvient une autre personne qui travaillera avec lui quelques années plus tard. A cette époque, même si HSBC est un groupe bancaire à l’envergure internationale, la banque britannique débarque tout juste dans le monde de la gestion privée en Suisse suite au rachat, trois ans plus tôt, de la Republic National Bank à Genève.

Mais Peter Braunwalder a de l’ambition. Et déjà un style très British. Elégant, mondain, cultivé, charismatique, disent de lui ceux qui l’ont fréquenté. «Il était très apprécié de ses collaborateurs», souligne l’un d’entre eux. C’était facile de travailler avec lui, il vous donnait une réponse claire tout de suite et ne tergiversait pas.»

Même les journalistes sont alors sous le charme d’un homme qui parle avec prestance et qui se montre bien plus bavard que la plupart de ses semblables. En quelques années, il fait de son établissement l’un des plus importants de la place. Et la première banque étrangère de Suisse. A l’aise face aux ­médias, il n’hésite pas à manier l’humour. «Nous avons tout simplement été les meilleurs», s’exclame-t-il lors de la présentation des résultats 2007 de la banque. Les chiffres parlent pour lui: 800 millions de francs de bénéfices cette année-là (+43%), une masse sous gestion qui culmine à 186 milliards de francs et 2500 collaborateurs. Contre 42 millions de bénéfices en 2014 et 68 milliards sous gestion,

Fan du HC Berne et des Rolling Stones, Peter Braunwalder est également un féru d’art contemporain. Sur une rare vidéo de lui disponible en ligne, on le voit expliquer, lors d’un vernissage en juin 2007, pourquoi il est important que sa banque sponsorise des événements culturels. Répondant à une question du journaliste avec un léger accent suisse-allemand, il se réjouit d’accueillir le soir même dans la loge HSBC des centaines de clients. «Européens avant tout.» Ce qu’il ne sait pas encore à ce moment-là, c’est qu’au même instant, Hervé Falciani est en train de voler des milliers de données concernant ces mêmes clients.

«Nous avons tout simplement été les meilleurs», disait-il lors de la présentation des résultats en 2007