Une semaine après la votation sur le Brexit au Royaume-Uni, la conférence de presse de Swissmem, consacrée essentiellement au thème de la numérisation, n’a pas échappé aux questions à propos des conséquences du vote sur le franc et sur les négociations en cours entre la Suisse et l’UE. Même si Hans Hess, son président, a déploré l’impact de la «surévaluation massive» du franc sur l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux (industrie MEM), il a estimé qu’il fallait encore attendre pour voir si la devise helvétique allait revenir à son niveau de 1,11 franc par euro qui prévalait jusqu’à début juin. «Chaque centime compte pour la compétitivité des entreprises et leur capacité à investir», a-t-il souligné en préambule de la Journée de l’industrie 2016 qui s’est tenue jeudi à Zurich.

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Le cours actuel de 1,08 franc par euro est-il supportable pour la branche? Même s’il estime que ce n’est pas le cas – seul un cours d’environ 1,25 franc par euro correspondrait à la parité de pouvoir d’achat –, Hans Hess a souligné qu’il était inutile de s’attendre à un retour de la devise à un tel niveau.

Peu de temps à consacrer à la Suisse

La politique est un autre facteur d’inquiétude pour la branche qui emploie quelque 330 000 personnes en Suisse, soit 11 000 de moins qu’au début de 2015. «Je crains que l’UE soit avant tout occupée avec elle-même et avec la Grande-Bretagne. Il restera à voir si l’UE aura assez de temps pour s’occuper des affaires avec la Suisse, comme la mise en oeuvre de l’initiative sur l’immigration de masse et le programme de recherche Horizon 21», a-t-il indiqué. De son côté, Philippe Cordonier, responsable chez Swissmem pour la Suisse romande, a aussi souligné que l’organisation allait être très active à Berne ces prochains mois lors des décisions qui seront prises pouvant influencer les accords bilatéraux avec l’UE.

Malgré une situation difficile, Hans Hess ne voit toutefois pas la nécessité que l’Etat intervienne pour mettre sur pied un fonds d’investissement dédié à la branche. «Il existe déjà des fonds de capital-risque», a-t-il relevé.

Coup de pouce de la CTI

Indirectement, les PME orientées vers l’exportation pourront à nouveau bénéficier d’un soutien de la Confédération, comme l’a annoncé séparément jeudi le Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR) dans un communiqué. Ce coup de pouce, octroyé via la Commission pour la technologie et l’innovation (CTI), vise notamment à atténuer les effets du franc fort. Ces mesures spéciales supplémentaires représentent un budget de 61 millions de francs. En 2015, 314 projets avaient été évalués au titre des mesures spéciales, dont 154 avaient été sélectionnés et financés à hauteur de 57,7 millions de francs.

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Les changements induits par la numérisation ne risquent-ils pas d’accélérer les disparitions d’emplois dans la branche? Sur les quelque 330 000 emplois que compte l’industrie MEM, Hans Hess a évalué que les postes les moins qualifiés représentent peut-être 15% du total. «Une partie de ces emplois sont en danger», a-t-il admis.

Toutefois, selon le président, la numérisation constitue une chance pour l’industrie suisse. «Il est possible qu’on compte à l’avenir davantage d’emplois dans ce secteur», a-t-il jugé, soulignant que l’industrie helvétique se trouve dans une situation de départ favorable. Si la numérisation va transformer les activités industrielles traditionnelles, les hommes ne seront pas tous remplacés par des robots. «Il faudra toujours des personnes pour s’occuper de la maintenance, pour analyser les grandes quantités de données récoltées par des instruments de surveillance ou pour continuer à développer des produits et améliorer des processus», a-t-il cité à titre d’exemples.

Les entreprises misent déjà sur l’industrie 4.0

Les acteurs de la branche sont déjà nombreux à avoir pris le virage de l’industrie 4.0. Ce concept consiste par exemple à connecter différents appareils, machines ou capteurs capables d’échanger entre eux des informations, voire de prendre des décisions de manière autonome. Interrogées à ce sujet par Swissmem, 82% des entreprises sondées estiment que la numérisation leur offre des avantages, 55% ont des projets en cours en lien avec l’industrie 4.0 alors que 44% d’entre elles en ont déjà réalisés. En tout, 373 des entreprises recensées ont déjà réalisé, commencé ou planifié 1225 projets avec ce concept.