Un optimisme atténué par de nombreux défis sanitaires et structurels, et des revendications pour y faire face. Swissmem a dressé mercredi matin le bilan de l’année 2020 et présenté ses perspectives 2021 pour l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux (MEM), lors de sa conférence de presse annuelle organisée en vidéoconférence.

«Nous nous trouvons dans un contexte marqué à la fois par l’espoir et l’inquiétude», indique le directeur de la faîtière, Stefan Brupbacher. L’an dernier, la branche a vu ses exportations chuter de 11,2% par rapport à 2019, à 60,7 milliards de francs, tandis que les entrées de commande ont diminué de 6,5% et le chiffre d’affaires de 9,8%. L’emploi a reculé de 2%, sur les neuf premiers mois de l’année, à 318 300 personnes.

Après un deuxième trimestre caractérisé par un effondrement massif des affaires, «les allégements des mesures de confinement globales liées au covid ont finalement conduit à une reprise durable», selon Swissmem, qui constate que les entrées de commande ont presque retrouvé leur niveau de 2019 au quatrième trimestre. Différents indicateurs laissent espérer que la tendance à la reprise se poursuivra en 2021, que ce soit l’indice PMI, qui mesure le niveau de confiance des directeurs d’achats, ou une enquête réalisée par Swissmem auprès de ses membres.

Prolongation du chômage partiel exigée

Mais de nombreuses incertitudes continuent à peser sur la branche, qui réalise 80% de ses ventes à l’étranger: la crainte d’une troisième vague pandémique qui provoquerait un nouvel effondrement global, des conflits commerciaux mondiaux non résolus, des négociations sur l’accord-cadre avec l’UE à l’issue incertaine, mais aussi un franc fort trop souvent oublié depuis le début de la crise sanitaire.

Pour répondre à ces défis, Swissmem appelle le Conseil fédéral à assumer ses responsabilités. La faîtière exige que la durée maximale du droit à l’indemnité en cas de réduction de l’horaire de travail (RHT) soit portée à 24 mois, contre 18 actuellement. «Au début de 2020, certaines entreprises MEM devaient déjà avoir recours au chômage partiel en raison de la faible demande en biens d’investissements au niveau mondial», rappelle son nouveau président, Martin Hirzel, entré en fonction début janvier. De nombreuses sociétés pourraient, selon lui, se trouver privées de ce soutien dès le milieu de l’année 2021, ce qui pourrait conduire à des licenciements supplémentaires.

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L’organisation revendique également que de nouvelles aides covid puissent être activées rapidement en cas de besoin, sans en préciser le montant, et que l’obligation de télétravail soit transformée en recommandation. Martin Hirzel s’était déjà exprimé sur ce point le mois dernier, déclarant que la généralisation de cette mesure empêchait la réalisation de tâches essentielles.

Un certificat de vaccination pour faciliter les déplacements

Le président appelle également la Confédération et les cantons à mettre en œuvre «une campagne de vaccination rapide à l’échelle nationale, ainsi qu’un plan de sortie de confinement basé sur des critères clairs». Il demande que lorsqu’une quantité suffisante de vaccins sera disponible, les personnes désireuses de se faire vacciner puissent disposer de libertés supplémentaires. Par exemple de ne plus devoir présenter un test négatif pour entrer en Suisse ou de bénéficier d’un accès illimité aux manifestations, foires, restaurants ou installations culturelles.

Toujours sur le plan sanitaire, il demande également la mise en place d’un certificat de vaccination «infalsifiable et utilisable à l’échelle internationale», qui permettrait au personnel de l’industrie de se déplacer, que ce soit pour réaliser des ventes ou des travaux techniques. «C’est d’une importance capitale pour l’industrie MEM», assène Martin Hirzel.

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Laisser la Confédération négocier l’accord-cadre

Au niveau politique, la faîtière rappelle l’importance de l’accord-cadre bilatéral avec l’Union européenne, principal marché de la branche à l’origine de 55% des exportations. Son président se réjouit de ce que «les discussions entre la Suisse et l’UE ont enfin lieu et pourraient être conclues dans les semaines à venir», tout en reprochant aux opposants de vouloir discréditer le projet sans proposer de concept alternatif viable.

Martin Hirzel demande que le Conseil fédéral puisse mener ses négociations calmement, après quoi il sera possible de mener «une discussion approfondie et globale sur les avantages et inconvénients de l’accord, ainsi que sur la question de la souveraineté de la Suisse». Et de préciser en conclusion qu’il «serait heureux que la population ait finalement le dernier mot concernant l’accord-cadre».

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