«Rien.» Le porte-parole des grévistes de Swissmetal Boillat, Nicolas Wuillemin, admet ne rien avoir obtenu en contrepartie de la décision de reprendre le travail mardi, selon le programme de la direction. Les métallos de Reconvilier ont pourtant arraché un protocole de négociations. Direction, syndicat et représentants de «la Boillat» se retrouvent lundi sous l'égide de Rolf Bloch. On parlera de l'avenir de l'usine de Reconvilier. Sans véritable illusion. Au bout de trente jours d'arrêt de travail, les grévistes ont perdu le bras de fer. Tentatives d'explication.

1. «La Boillat est à nous!»: une illusion

Malgré l'intégration juridique de l'entreprise Boillat SA au sein de Swissmetal en 1989, l'usine de Reconvilier a toujours défendu son indépendance de site, exhibant son savoir-faire et sa rentabilité. Au point de se considérer comme «la vache à lait» du groupe. Les employés peinent à admettre que leur unité de production ne leur appartient pas, contrairement aux slogans scandés durant la grève, mais à un actionnariat très disséminé, qui fait confiance au CEO Martin Hellweg et à sa stratégie industrielle.

2. Sortir de Swissmetal: autre illusion

Comme alternative à la stratégie de Martin Hellweg qu'ils assimilent à un démantèlement, les employés de Reconvilier formulent le dessein de l'autonomie. En lançant la grève le 25 janvier, ils nourrissaient l'espoir de voir naître un pool d'investisseurs qui ferait une offre d'achat de leur usine. Rien de tel. De toute façon, même en grève, «la Boillat» n'était pas à vendre. «Si elle devait l'être, ce serait très cher», a dit Martin Hellweg au médiateur Rolf Bloch. Le projet de sortir leur usine de Swissmetal sera reformulé par les représentants de «la Boillat» lors des négociations à venir.

3. Pas de lézarde à la Bourse

Conscients qu'ils ne feraient pas plier leur patron intransigeant, les grévistes ont espéré que, sur la durée, la grève ferait chuter la valeur en Bourse de l'action Swissmetal. L'inverse s'est produit: l'action a progressé de 9%. Même sans venir dans son usine en grève, en snobant le rendez-vous avec Joseph Deiss, en reconnaissant qu'il perdait des clients et que la grève provoquait un manque à gagner de 250000 francs par jour à Swissmetal, Martin Hellweg n'a pas vacillé.

4. La guerre des chiffres n'a pas eu lieu

Les grévistes et leurs amis ont initié la guerre des chiffres pour discréditer la stratégie industrielle de Martin Hellweg. En opposant les rentabilités de Dornach (10 millions de marge contributive) et de Reconvilier (21 millions). En contestant l'investissement de 16 millions à Dornach pour la centralisation de la fonderie, alors qu'il en faudrait 50 millions. Les grévistes ont clamé que 85% des laitons fabriqués à Reconvilier sont «uniques au monde», contre seulement quelques pour-cent à Dornach. Arguments peu repris.

5. Soutien populaire, absence politique

La grève de «la Boillat» est devenue le combat d'une région pour son tissu industriel, pour son savoir-faire contre le cynisme financier. La solidarité populaire a galvanisé les grévistes, au risque de les aveugler. A de rares exceptions régionales, les décideurs économiques et politiques sont restés indifférents, à tout le moins muets. Le combat des grévistes pour la défense de leur outil de production mis en danger par le cynisme d'un manager financier n'est pas devenu un sujet national.

6. Mort lente ou développement?

Le travail reprend mardi à Reconvilier: les employés s'exécuteront, sans enthousiasme, démotivés. On craint des heurts avec les cadres venant de Dornach. Le «travail bien fait, label Boillat» devrait s'en ressentir. «La Boillat» savait sa mort programmée. Elle espérait un miracle avec la grève. Elle craint l'accélération du délabrement. Tous ceux qui pourront fuir le feront. Sur les 21 cadres menacés de licenciement, trois sont déjà partis.

Reste que Martin Hellweg a toujours affirmé compter sur le high-tech de Reconvilier pour développer Swissmetal. Et si le CEO «sauvait» 200 emplois dans l'usine qui ne veut plus de lui?