La Silicon Valley, en Californie, est l’eldorado des technophiles et le Saint-Graal du capital-risque. Nombreuses sont les start-up helvétiques qui rêvent de s’y façonner. Et pour cause: plusieurs entrepreneurs suisses y ont fait fortune, comme David Marcus, président de PayPal, Daniel Borel, patron de Logitech, ou Alain Chuard, cofondateur de Wildfire.

Raison pour laquelle le réseau swissnex (maisons suisses pour les échanges scientifiques et technologiques) effectue, ces derniers jours, une tournée promotionnelle dans le pays, afin de prodiguer aux jeunes pousses des conseils pratiques pour accéder au marché outre-Atlantique. «Les Etats-Unis sont un accélérateur pour les sociétés souhaitant s’internationaliser», résume Gioia Deucher, responsable des services aux start-up chez swissnex. «L’idée, en allant à la Silicon Valley, est avant tout d’ouvrir ses horizons, acquérir de l’expérience, profiter de conseils avisés par le réseautage, et si possible lever des fonds pour créer de l’emploi en Suisse.»

En effet, l’objectif premier n’est pas, ici, d’exporter le savoir-faire helvétique, mais plutôt de s’enrichir – par capillarité – au contact de l’esprit entrepreneurial états-unien. «L’une des règles, avant de se rendre aux Etats-Unis, est de maintenir un centre technique en Suisse, sans affirmer son identité helvétique. Les bailleurs de fonds sont en quête de partenariats de proximité, dont ils peuvent assurer aisément le suivi», explique la représentante de l’organe de mise en œuvre de la politique fédérale de coopération bilatérale en matière de formation, de recherche et d’innovation.

Expatrier d’emblée l’entier d’une société comporte le risque de voir ses éléments clés débauchés par les plus prestigieuses enseignes – Facebook, Google… – basées dans la région de San Francisco. L’écosystème de la Silicon Valley, par sa densité, est sans pitié. La chasse aux profils talentueux, dont le corollaire est la surenchère salariale, y fait rage. «C’est à double tranchant», reconnaît Gioia Deucher. «Car sur place, il est souvent nécessaire, pour les jeunes pousses suisses, de recruter au tarif local, et prévoir, selon les profils, des indemnités en actions.»

Le mot d’ordre en Californie: penser très grand. «La taille du marché est cruciale, les investisseurs n’entrent souvent pas en matière en deçà de 500 millions de dollars d’expertise», précise Cyril Dorsaz, responsable de projets start-up à swissnex. Aux Etats-Unis, il faut aussi impérativement jouer de culot. «L’audace et l’enthousiasme y sont des valeurs cardinales. Si l’on fait preuve de modestie helvétique, on n’a aucune chance», relèvent nos interlocuteurs.

Bien préparer son périple

«Je me suis vu refuser un financement, car mon modèle ne prévoyait pas un chiffre d’affaires de 50 millions de dollars sur deux ans, mais plutôt 40 millions en cinq ans», témoigne Temitope Ola, cofondateur de Komei, une start-up basée à Martigny. Autres écueils: la postulation auprès d’incubateurs états-uniens – qui se rémunèrent par une participation au capital de l’entreprise de 5 ou 10% –, les coûts du logement, la fiscalité, ou encore les barrières légales à la durée du séjour. Par exemple, le programme d’exemption de visa entre la Suisse et les Etats-unis permet 3 mois de résidence, avec pour tolérance légale de s’adonner à de la prospection d’affaires non rémunérée. Pour les séjours plus longs, vu la pléthore de statuts différents, mieux vaut s’entourer de conseils juridiques.

Aux Etats-Unis, la valeur n’attend pas le nombre des années. Max Foci et Sam Sulaimanov, fondateurs de Polylabs à Zurich, n’ont que 22 ans. Ils rêvent de s’y rendre pour tester leur produit, moins pour trouver des investisseurs. Le marché suisse semble, pour l’instant, suffire à leur appétit en capital.