Swissquote Group s'apprête à vivre une année charnière. Suite à son implantation à Zurich et à Paris et à la prochaine mise sur pied de sa banque Internet Swissquote Bank, l'entreprise basée à Gland espère atteindre le seuil de rentabilité au quatrième trimestre 2001. Cette année, le prestataire de services financiers en ligne a bouclé son exercice sur une perte de 3,1 millions de francs, alors que son chiffre d'affaires a bondi de 156% à 15,1 millions.

Les chiffres rouges affichés lors de sa conférence de presse mardi matin ne semblent pas préoccuper outre mesures les dirigeants de la société, ces derniers ayant initialement budgété une perte de 6,5 millions de francs pour 2000. Les deux domaines d'activité de l'entreprise ont affiché une progression significative. Marvel Communications, spécialisé dans les solutions e-business, a ainsi enregistré une progression de 85% de son chiffre d'affaires à 6,1 millions de francs. Quant aux services financiers, ils affichent une hausse de 260% à 9 millions.

Malgré la dégringolade enregistrée par le titre depuis son entrée en Bourse le 29 mai dernier, Swissquote présente donc une assise saine. Le management prévoit d'ailleurs de doubler son chiffre d'affaires cette année. Cependant, l'exercice 2001 devrait se solder par une perte située entre 9 et 11 millions de francs. Les investissements initiaux consentis pour le lancement de Swissquote Bank, ainsi que ceux requis pour le développement des activités en France, pèseront sur le résultat des trois premiers trimestres. Commentant la croissance de son entreprise, Marc Bürki, codirecteur, a assuré qu'il n'y avait «aucun plan fantaisiste dans ce projet».

Analyste financière chez Lombard Odier & Cie, Regina Anhorn confirme cette déclaration: «La société suit une approche raisonnable pour assurer sa croissance. Le montant des investissements est limité, réaliste et acceptable. L'entreprise n'a d'ailleurs pas encore dépensé tous les fonds alloués à la campagne de promotion de ses nouveaux produits.» Quant au recul des transactions relatives aux activités de courtage enregistrées fin 2000, il devrait peser sur les résultats du premier semestre.

Lancé en partenariat avec la banque privée Rüd, Blass et Cie (détenant 49% du capital), filiale de Zurich Financial Services, Swissquote Bank coûtera 12 millions supplémentaires cette année et démarrera ses activités le 31 mai 2001. Pour Regina Anhorn, «le groupe a les ressources internes nécessaires pour développer un tel projet. Cela lui évitera aussi des frais en conseil externe, qui ont pesé lourdement sur d'autres projets de plates-formes bancaires via Internet».

Challenge

Selon Jacques Bonvin, avocat spécialiste des nouvelles technologies, «ce saut en direction du e-banking représente un véritable challenge pour l'entreprise, qui a acquis un nom de référence dans le domaine des services financiers en ligne. S'éloignant de son core-business, la notoriété acquise lui sera utile pour affronter ce nouveau secteur et convaincre les investisseurs». Il ne faut pas oublier que cette nouvelle institution, qui a obtenu sa licence en octobre dernier, constitue la première banque suisse 100% Internet. Son objectif sera le négoce de titres et de fonds de placement. En attendant les premiers résultats de cette diversification, le titre Swissquote bondissait à la Bourse suisse en clôturant en hausse de 21,5% à 79 francs, marquant une inversion de la tendance après des mois de déclin.