Bien décidé à se recentrer sur ses métiers de base, Zurich Financial Services (ZFS) a annoncé vendredi qu'il sortait de la banque Internet Swissquote. Le groupe vaudois reprend ainsi à la filiale de ZFS, Aktiengesellschaft Assuricum, les 20,58% qu'il ne détenait pas encore dans Swissquote Bank. Celle-ci avait été constituée en 2001 en partenariat avec Rüd, Blass & Cie. Lorsque ZFS décidait en début d'année de vendre l'établissement bancaire zurichois à Deutsche Bank (DB), il avait néanmoins conservé cette part de 20,58%. Désormais, Swissquote Group Holding possède la totalité du capital de sa banque.

Des pertes récurrentes

Swissquote refuse de communiquer le montant de la transaction mais précise qu'il a payé prioritairement avec des actions de la maison mère – dont la part des actions propres a baissé en conséquence de 6,72%, à moins de 5% – mais aussi en espèces. Toutefois, assure Marc Burki, cofondateur de Swissquote et CEO de la banque Internet, ce rachat entame peu les liquidités qui s'élèvent à quelque 23 millions de francs.

La précision est importante. Même si notre interlocuteur ne craint pas un tarissement des liquidités, celles-ci ont diminué de 50 millions de francs depuis l'introduction en Bourse du groupe, il y a près de trois ans. Une partie de cette somme a servi à créer la banque Internet, qui génère désormais 90% des revenus du groupe, mais aussi à éponger les pertes, récurrentes depuis le retournement des marchés financiers en l'an 2000. Ce n'est donc pas un hasard si des rumeurs de vente, qui contribuent au redressement du titre depuis quatre mois (graphique ci-dessus), se font jour. Récemment, la Finanz und Wirtschaft évoquait une vente possible de Swissquote à la filiale banque privée de l'assureur AIG, officiellement à la recherche de gibier. Mais Marc Burki a réfuté ces spéculations, assurant qu'il ne recherche pas de partenaires.

C'est que le groupe se trouve dans une situation particulière. La disparition consécutive de plusieurs de ses concurrents (Swissquote a racheté Consors et profité de l'arrêt des sites Redsafe et Youtrade) l'a fait considérablement grandir. Aujourd'hui la banque compte 27 000 clients et une masse en dépôt supérieure au milliard de francs. Le nombre de transactions par client reste plutôt modeste, en moyenne une vingtaine par année. Mais Swissquote peut se flatter d'attirer de plus en plus de clients aisés. Le premier millionnaire s'est présenté il y a un an, estimant, plein de bon sens, qu'il pouvait «réaliser tout seul d'aussi mauvaises performances que son gestionnaire», raconte Marc Burki. Depuis, d'autres personnes fortunées, déçues par les prestations de leur banque et séduites par Swissquote, y ont ouvert un compte.

Malgré ce succès, la société n'a toujours pas renoué avec les bénéfices. Or, Marc Burki sait qu'il ne peut se permettre d'afficher encore longtemps des pertes. Pour l'heure, il ne peut se prononcer sur les résultats du deuxième trimestre, qui seront communiqués officiellement le 5 août. Mais il répète que l'équilibre sur le plan opérationnel devrait être atteint au 2e ou au 3e trimestre de cette année.