«Nos pertes sur l'année n'atteindront certainement pas les 6 millions budgétés.» Paolo Buzzi, cofondateur et co-CEO de Swissquote, le groupe de courtage en ligne introduit au Nouveau Marché de la Bourse suisse le 29 mai dernier, affiche un optimisme prudent. Certes, les premiers résultats semestriels de l'entreprise vaudoise depuis son IPO sont excellents, avec un triplement du chiffre d'affaires à 7 millions de francs et une perte insignifiante de 24 000 francs, mais le groupe traverse une phase d'investissements lourds liés à la création de Swissquote Bank et à son développement hors de Suisse. La capitalisation boursière du groupe qui fournit les cours de Bourse du Temps atteint aujourd'hui près de 290 millions, et les liquidités disponibles à fin juin (73,1 millions) financeront sa croissance.

Car Swissquote poursuit une politique d'expansion forte, en particulier dans son premier domaine d'activité, le courtage en ligne. Ce secteur a réalisé un chiffre d'affaires en hausse de 195% à 4,2 millions de francs, avec une hausse de clientèle très forte au deuxième trimestre de l'an (+2505 utilisateurs sur un total à fin juin de 6134 clients). Mais il est temps pour la société basée à Gland de passer la vitesse supérieure: «Le fait de ne proposer des titres que sur le seul marché suisse constitue un gros handicap, reconnaît Paolo Buzzi. Offrir davantage de marchés répond non seulement aux souhaits de la clientèle, mais nous assure aussi plus d'indépendance face aux fluctuations de volume d'un seul marché.» Pour la division trading de Swissquote, les trois priorités sont désormais la mise à disposition des titres américains pour le courtage online, la finalisation du lancement de Frenchquote, petite sœur française du site suisse, puis d'une plate-forme allemande. «Nous sommes en retard sur la France, où nous arrivons les derniers, mais notre technologie très au point est un atout», estime encore le CEO de Swissquote. Le groupe n'entend pas se lancer dans de dispendieuses campagnes de pub à la télévision («C'est juste bon pour flatter l'ego de l'actionnariat», lâche Paolo Buzzi), mais vise une clientèle très ciblée.

L'autre gros morceau du développement de Swissquote concerne la banque en ligne. Le site a déposé à fin juin une demande de licence à la Commission fédérale des banques, qui doit répondre sous peu. «Nous ne devrions pas rencontrer de problèmes, et la concurrence ne nous fait pas peur, avance Paolo Buzzi. Nous proposerons, pour le trading de fonds et la gestion, des solutions originales qui nous démarqueront de nos compétiteurs.» Le début des opérations de la banque est agendé au 1er janvier 2001, une date qui pourrait être avancée si les procédures avancent assez vite.

Swissquote prépare également un portail financier avec la division suisse du groupe Zurich, soutien indirect de l'entreprise Internet à travers sa banque Rüd, Blass & Cie, qui fournit le back-up financier nécessaire au traitement de la clientèle du site. C'est la division création de sites de Swissquote, Marvel Communications, qui est chargée de ce projet. Cette division a dégagé un chiffre d'affaires en hausse de 173% à 2,8 millions au premier semestre 2000. La présence de «parrain» du groupe Zurich dans l'ombre de Swissquote ne dérange pas le cofondateur de la société basée à Gland

Côté effectifs, Swissquote compte désormais 105 collaborateurs et devrait employer 200 personnes avant la fin de l'année. Le marché du travail est très dur, commente-t-on au siège du site. Swissquote vise 20,5 millions de chiffre d'affaires pour l'exercice en cours et un quadruplement de ses recettes en 2001 (à 83,8 millions), l'année du probable équilibre (1,4 million de bénéfice projeté). Mardi, le cours du titre se reprenait de 2 francs à 214,50 – assez loin de son niveau d'introduction à 257.